Question : quelles sont les sources du rituel de la Tohara et quelles en sont les obligations halakhiques ?
I. L’obligation de laver les morts et de les oindre d’huile n’est pas mentionnée dans la Bible. Ces actions sont mentionnées accessoirement dans la Michna (Chabbat 23:5) et dans le traité Semahot (1:1-3) sans expliquer la façon dont cela était fait. Puisque ces rituels ne sont pas mentionnés dans la Bible, il est possible qu’ils aient été empruntés au monde grec où les morts étaient lavés et oints d’huile.
II. Au cours de la période des Amoraïm (période talmudique), nous apprenons incidemment du Lévitique Rabba (34:10) que Rabbi Yohanan et Reich Lakich ont un jour lavé un mort dans le lac de Tibériade, mais, encore une fois, le midrach n’explique pas le mode opératoire.
III. Au cours de la période guéonique, Rabbi Samuel ben Hophni Gaon (mort en 1013) de Soura explique qu’il y a nécessité de lavage et nettoyage mais qu’il n’y a pas de règle fixée à laquelle chacun ne pourrait ni ajouter ou enlever, car tout dépend de la quantité d’eau disponible. Il précise que si subsiste sur la dépouille du sang séché, de l’eau chaude devrait être utilisée afin de l’enlever.
IV. Au cours de la période des Richonim (Moyen-Age), le rituel de la Tohara est mentionné brièvement par Rachi, les Tossafistes, le Mordekhaï, Maïmonide et le Sefer Hassidim. La dernière source dit : « la personne lavant le mort devrait faire attention à ne laisser subsister aucune salissure sur le corps. »
Il existe cinq sources majeures au rituel de la Tohara dans la période des Richonim :
- R. Eliezer de Mayence (mort en 1236) cite Rabbi Juda le Pieux (mort en 1217) selon lequel on apporte de l’eau, la chauffe et lave le corps entièrement, les membres, le visage et la tête. Ensuite on oint la tête d’une mixture d’œufs et de vin.
- Orhot Haïm et Sefer Kol Bo (Provence, début du XIVe siècle) disent que le corps est lavé afin d’enlever toute souillure pour que les gens n’aient pas en dégoût de porter le corps au cimetière. La tête est ointe avec des oeufs battus pour que les fossoyeurs comprennent que le mort est Juif ; les oeufs sont choisis en signe de deuil parce qu’ils symbolisent le cycle de la vie. Cette description est citée par le Rama dans le Darké Mochè (YD 352) et dans le Choulhan âroukh, ibid. 352:4.
- Orehot Haïm et Sefer Kol Bo ajoutent qu’à Narbonne, ils avaient l’habitude d’enterrer les juifs même au premier jour de Yom Tov et que « chauffer l’eau afin de laver le corps est permis”, même si laver le corps est seulement une “tradition”.
- La quatrième source est le Testament de Rabbi Eliezer Halevi (mort à Mayence, en 1357). Ce rabbin, inconnu par ailleurs, enjoint ses fils de laver entre ses doigts et ses orteils et même le postérieur ; de laver ses cheveux et de les peigner, de couper ses ongles, tout cela afin qu’il arrive aussi propre et pur pour le repos éternel que lorsqu’il se présentait à la synagogue chaque Chabbat.
- La dernière source médiévale du rituel de la Tohara est le traité appelé Perek Michnat ha-mèt – et ses versions ultérieures – qui fut apparemment écrit par le mystique Joseph Della Reina qui vécut en Espagne juste avant l’Inquisition. Dans tous ces travaux, le mort est lavé plusieurs fois (jusqu’à quarante-deux fois selon une des versions !) accompagné par la lecture de dix bénédictions. Chaque lavage est fait successivement avec de l’eau froide et de l’eau chaude ou tiède et parfois du bicarbonate ou du savon ou encore du myrte sont ajoutés à l’eau.
V. Les Aharonim (à partir du 16ème siècle) furent très influencés par la dernière source, mais ils ajoutèrent qu’après le lavage minutieux du corps, neuf kav (9 mesures de 2,5 litres) d’eau froide devraient être versés sur le corps, ce qui constitue la Tohara principale. Cependant cette partie « principale » est absente de la plupart des sources citées plus haut. Elle est mentionnée seulement dans la quatrième version du Perek Michnat ha-mèt et il est clair que là il s’agit d’une tentative visant à imiter le lavage d’un « baâl keri » , qui était effectué avec un minimum de « neuf kav ». En tout cas, ce n’est pas « la Tohara principale », mais une coutume tardive.
Enfin, de nombreux Aharonim demandent qu’un « examen interne » du corps soit effectué afin d’enlever les matières fécales et la saleté du rectum, en utilisant du savon, de l’eau et des brosses. Cette habitude étonnante pourrait être une conséquence du testament de R. Eliezer Halevi mentionné plus haut, mais ce n’est pas explicitement précisé par aucune des autres sources citées. Rabbi Abraham Danzig rejeta explicitement cette habitude comme un manque de déférence envers le disparu, le non-respect du kevod ha-met, et recommanda de simplement nettoyer l’anus. C’est l’habitude que l’on devait suivre.
En conclusion, la Halakha demande de bien « laver le mort » et pas davantage. La Hevra Kaddicha du mouvement Massorti devrait adopter une Tohara simple et digne. L’objectif devrait être de laver le corps entier, les membres, le visage et la tête afin de ne laisser aucune souillure sur le corps.
La Hevra Kaddicha$ doit préparer suffisamment de seaux d’eau afin de laver le corps tout entier. Alors le membre le plus âgé de la confrérie demandera pardon au mort si la déférence n’avait pas été respectée.
Si le corps est sale ou plein de sang, il doit être lavé avec l’aide de serviettes et d’eau. Ensuite des seaux d’eau doivent être versés sur toutes les parties du corps. Puis, le corps doit être séché avec des serviettes ou draps propres et habillé du vêtement appelé takhrikhin constitué traditionnellement d’une simple étoffe blanche.
Pendant la Tohara, des versets appropriés (parmi les nombreux versets existants dans les différentes traditions) sont récités.
Puisse Dieu « détruire la mort pour toujours… et essuyer les larmes de tous les visages » (Isaïe 25:8)
*Hevra Kaddicha « Confrérie sainte ». La Hèvra kaddicha est la société habilitée à prendre en charge le rituel mortuaire, en vue des funérailles. Elle s’occupe notamment de la toilette mortuaire du corps appelée Tohara : « purification ».

