Origines : Les racines du XIXe siècle
Le mouvement Massorti trouve ses origines intellectuelles dans l’école positive-historique de Zacharias Frankel, développée en Allemagne dans les années 1840–1850. En 1845, Frankel, en désaccord avec les réformes radicales du judaïsme réformé (notamment sur l’abandon de l’hébreu dans la liturgie), quitte une conférence réformée à Francfort et fonde en 1854 le Séminaire théologique juif de Breslau (aujourd’hui Wrocław, Pologne). Ce séminaire forme des rabbins combinant une érudition traditionnelle avec des méthodes critiques modernes, posant les bases du judaïsme Massorti. Cette approche, décrite comme « positive » (respect de la tradition et de la Halakha) et « historique » (reconnaissance de l’évolution historique du judaïsme), influence plusieurs communautés juives en Europe centrale avant la Shoah, notamment en Allemagne et en Hongrie.
Le séminaire de Breslau sert de modèle à d’autres institutions, comme le séminaire rabbinique de Budapest, qui donne naissance au judaïsme néologue hongrois. Ce courant, bien que non officiellement affilié à Masorti Olami, est considéré comme un mouvement frère par le mouvement Massorti, car il partage une approche non orthodoxe mais halakhique. Avant la Shoah, l’état d’esprit de Breslau, prônant un judaïsme à la fois traditionnel et moderne, est dominant dans certaines parties du judaïsme européen, influencé par des penseurs comme Franz Rosenzweig, dont les idées sur un judaïsme existentiel résonnent avec la pensée Massorti.
Cependant, la Shoah (1933–1945) détruit la plupart des institutions juives d’Europe centrale, y compris le séminaire de Breslau, interrompant le développement du judaïsme positif-historique en Europe. Contrairement aux États-Unis, où le mouvement s’institutionnalise sous l’impulsion de Solomon Schechter et du Jewish Theological Seminary (JTS) dès 1902, l’Europe ne verra pas d’organisation formelle du mouvement Massorti avant la seconde moitié du XXe siècle.
Renaissance après la Shoah (années 1950–1980)
Après la Seconde Guerre mondiale, le judaïsme européen est dévasté, et l’orthodoxie domine les communautés juives reconstituées, notamment en Europe occidentale. Le mouvement Massorti, qui s’est structuré aux États-Unis comme une alternative à l’orthodoxie et au judaïsme réformé, commence à réapparaître timidement en Europe. Cependant, son développement est freiné par plusieurs facteurs :
Durant cette période, le mouvement s’appuie sur des influences américaines et israéliennes. Par exemple, l’Institut Schechter d’Études Juives à Jérusalem, fondé en 1984 par Israel Lee Levine, devient un centre de formation pour les rabbins Massorti, y compris pour l’Europe.
Développement en Europe occidentale (années 1980–2000)
Le mouvement Massorti commence à s’organiser en Europe dans les années 1980, porté par une demande croissante pour un judaïsme pluraliste et égalitaire. Le Royaume-Uni et la France deviennent les principaux centres de développement :
Dans d’autres pays, comme l’Allemagne, l’Espagne, et la République tchèque, des communautés Massorti émergent à partir des années 1990, souvent sous l’impulsion de rabbins formés à l’étranger et soutenus par Masorti Olami, l’organisation mondiale du mouvement. En 2011, on estime qu’il existe plus de 20 communautés Massorti en Europe, bien que leur taille reste modeste.
Période récente (2000–2025)
Depuis 2000, le mouvement Massorti en Europe a connu une croissance lente mais constante, avec environ 20 communautés actives en 2011, principalement au Royaume-Uni, en France, et dans quelques autres pays comme l’Espagne, l’Allemagne, et la République tchèque. Masorti Olami joue un rôle central dans la coordination de ces communautés, tandis que le European Masorti Bet Din garantit une cohérence halakhique. En 2025, des événements comme l’European Rabbinical Assembly Kallah témoignent de l’activité continue du mouvement, avec des rabbins formés à l’Institut Schechter ou au JTS.
Cependant, le mouvement reste marginal par rapport à l’orthodoxie et au judaïsme réformé en Europe. En Hongrie, le judaïsme néologue, avec ses 40 synagogues partiellement actives et quelques milliers de membres, est considéré comme un mouvement frère, mais il n’est pas officiellement affilié à Masorti Olami.
Aux États-Unis, le mouvement Massorti dit « Conservative » constitue l’un des principaux courants du judaïsme, aux côtés des mouvements orthodoxes et réformés, et a joué un rôle central dans la vie juive américaine depuis la fin du XIXe siècle.
Développement du mouvement Massorti aux États-Unis
Le mouvement Massorti, connu aux États-Unis sous le nom de Conservative Judaism, émerge en réaction aux réformes radicales du judaïsme réformé et à la rigidité de l’orthodoxie. Ses racines intellectuelles remontent à l’école positive-historique de Zacharias Frankel, développée en Allemagne dans les années 1840–1850, qui prône un judaïsme respectueux de la tradition tout en reconnaissant son évolution historique.
Aux États-Unis, le mouvement prend forme après le ‘Trefa Banquet’ de 1883, un événement organisé par le mouvement réformé à Cincinnati, où des aliments non casher sont servis, choquant les Juifs traditionalistes. En réponse, des rabbins comme Sabato Morais et Henry Pereira Mendes, influencés par l’approche de Frankel, fondent le Jewish Theological Seminary (JTS) à New York en 1886. Le JTS devient l’institution centrale du mouvement, visant à former des rabbins pour un judaïsme traditionaliste mais adapté à la société américaine.
Le mouvement Massorti se consolide sous la direction de Solomon Schechter, un érudit roumain qui prend la tête du JTS en 1902. Schechter transforme le séminaire en un centre académique de premier plan, attirant des figures comme Louis Ginzberg (érudit talmudique) et Alexander Marx (historien). Il introduit le concept de “Catholic Israel”, où l’autorité halakhique repose sur le consensus du peuple juif, distinguant le mouvement des approches réformée et orthodoxe.
Schechter fonde la United Synagogue of America (aujourd’hui United Synagogue of Conservative Judaism, USCJ), une organisation regroupant les synagogues Massorti. Cette structure institutionnelle permet au mouvement de s’étendre à travers les États-Unis, attirant les immigrants juifs d’Europe de l’Est qui souhaitent préserver la tradition tout en s’intégrant à la société américaine.
Influence académique
Le JTS devient un centre d’érudition juive, avec des figures comme Saul Lieberman (spécialiste du Talmud) et Mordecai Kaplan (qui influencera le mouvement avant de fonder le reconstructionnisme en 1963). Le mouvement met l’accent sur l’éducation, avec la création d’écoles comme les Solomon Schechter Day Schools et des camps d’été Ramah, qui promeuvent l’étude de l’hébreu et les valeurs sionistes.
Après la Seconde Guerre mondiale, le judaïsme Massorti devient le courant dominant parmi les Juifs américains, représentant environ 40–50 % des Juifs affiliés dans les années 1950–1960. Cette période, sous la direction de Louis Finkelstein (chancelier du JTS, 1940–1972), voit une expansion significative. Des centaines de synagogues sont établies, particulièrement dans les banlieues, où les Juifs américains s’installent après la guerre. Le mouvement attire les familles par son approche modérée, combinant des offices en hébreu, respect de la Halakha, et des pratiques modernes comme la conduite en voiture le Chabbat pour assister à la synagogue (autorisée par une responsa du Committee on Jewish Law and Standards, CJLS).
Engagement social et sionisme
Le mouvement s’engage dans les droits civiques et le sionisme, influencé par des figures comme Abraham Joshua Heschel, dont les écrits mystiques et l’activisme (notamment aux côtés de Martin Luther King Jr.) incarnent les valeurs éthiques du judaïsme Massorti. Le mouvement soutient également la création de l’état d’Israël en 1948, renforçant les liens avec des institutions comme l’Institut Schechter en Israël, fondé par Israel Lee Levine en 1984.
Le mouvement Massorti aux États-Unis connaît des évolutions majeures dans les années 1980, notamment sous l’impulsion de Gerson D. Cohen (chancelier du JTS, 1972–1986) et Ismar Schorsch (chancelier, 1986–2006) :
Ordination des femmes : En 1985, le JTS commence à ordonner des femmes rabbins, une décision soutenue par des figures comme Joel Roth et Elliot N. Dorff au CJLS, marquant un tournant vers l’égalité des genres. Amy Eilberg devient la première femme rabbin Massorti.
Inclusion des LGBTQ+ : Dans les années 2000, le CJLS adopte des responsa autorisant l’ordination de rabbins homosexuels et les unions de même sexe, reflétant l’influence de figures comme David Golinkin, dont les responsa à l’Institut Schechter inspirent des décisions similaires.
Cependant, le mouvement fait face à des défis croissants :
Sécularisation : Les jeunes générations juives s’éloignent des institutions religieuses, réduisant l’affiliation aux synagogues Massorti.
Concurrence : Le judaïsme réformé attire les Juifs libéraux, tandis que l’orthodoxie moderne et Chabad gagnent du terrain parmi les traditionalistes.
Schismes internes : Des tensions émergent entre les ailes traditionalistes et progressistes, menant à la création de l’Union for Traditional Judaism par David Weiss Halivni en 1983.
Depuis les années 2000, le mouvement Massorti aux États-Unis connaît un déclin relatif en termes d’affiliation, passant de 43 % des Juifs américains affiliés en 1990 à environ 18 % en 2020, selon les études du Pew Research Center. Ce déclin est attribué à la sécularisation, à l’intermariage (analysé par Steven M. Cohen), et à la concurrence avec d’autres courants. Cependant, le mouvement reste actif grâce à ses institutions :
JTS et USCJ : Sous la direction de figures comme Arnold Eisen (chancelier du JTS, 2007–2020), le JTS modernise ses programmes pour attirer les jeunes, tout en maintenant son rôle académique. L’USCJ soutient environ 600 synagogues Massorti en 2025.
Éducation: Les Solomon Schechter Day Schools (environ 50 écoles) et les camps Ramah continuent de promouvoir l’éducation juive et le sionisme.
Engagement social : Le mouvement reste actif dans les causes sociales, comme l’environnement et les droits des minorités, suivant l’héritage d’Heschel et Meyer.
Le mouvement Massorti, également connu sous le nom de « Conservative Judaism » hors d’Israël, est un courant du judaïsme cherchant à concilier la tradition juive, notamment l’observance de la Halakha (loi juive), avec une approche moderne et dynamique, intégrant les évolutions sociales et les méthodes scientifiques. En Israël, le mouvement Massorti a une histoire spécifique, marquée par des défis uniques liés au contexte religieux, politique et social du pays.
Le mouvement Massorti a mis du temps à s’implanter en Israël, contrairement à son développement rapide aux États-Unis, où il est devenu l’un des courants dominants du judaïsme au XXe siècle. En Israël, le judaïsme orthodoxe a historiquement dominé le paysage religieux, bénéficiant d’un monopole institutionnel sur des aspects clés comme le mariage, la conversion et les rituels religieux, soutenu par l’État qui subventionne exclusivement les congrégations orthodoxes. Ce contexte a freiné l’émergence des courants non orthodoxes, y compris celle du mouvement Massorti.
Avant les années 1970, la présence du judaïsme Massorti en Israël était limitée à quelques initiatives isolées, notamment des synagogues établies par des immigrants juifs américains et le centre d’études Neve Schechter à Jérusalem, qui servait de point d’ancrage pour les étudiants et les rabbins Massorti. Cependant, ces efforts restaient marginaux et ne constituaient pas un mouvement structuré.
La naissance officielle du mouvement Massorti en Israël date de 1979, lorsque des Juifs américains fondent les premières communautés Massorti. Ces communautés, initialement composées d’immigrants anglophones, cherchaient à reproduire en Israël le modèle du judaïsme Massorti qu’ils connaissaient aux États-Unis : une pratique religieuse traditionaliste mais ouverte à l’égalité des genres, à l’étude critique des textes et à l’intégration des valeurs modernes comme le pluralisme et la liberté de conscience.
Ces premières communautés se sont établies dans des zones urbaines, notamment à Jérusalem, Tel-Aviv et Rehovot, où vivaient de nombreux immigrants anglophones. Leur création répondait à un besoin de pratiquer un judaïsme qui, tout en respectant la Halakha, offrait une alternative au rigorisme orthodoxe dominant et au judaïsme réformé, perçu comme trop éloigné des pratiques traditionnelles.
Les années 1980 marquent un tournant décisif pour le mouvement Massorti en Israël, avec des efforts concertés pour structurer et institutionnaliser le mouvement. Plusieurs développements clés ont contribué à son essor :
Création d’institutions éducatives :
En 1984, le mouvement Massorti établit le Schechter Institute of Jewish Studies à Jérusalem, une institution académique et rabbinique destinée à former des rabbins israéliens et à promouvoir l’étude du judaïsme selon une approche Massorti. Cette institution a joué un rôle central dans la légitimation du mouvement en formant des leaders religieux locaux, réduisant ainsi la dépendance aux rabbins formés à l’étranger et en diffusant les études juives académiques dans l’esprit du mouvement.
Le mouvement a également créé des écoles liées au réseau d’écoles TALI, des camps d’été et un mouvement de jeunesse appelé Noam (acronyme hébreu pour « Jeunesse Massorti »), qui visait à transmettre les valeurs Massorti aux jeunes générations. Ces initiatives ont permis de construire une base communautaire durable.
Établissement de communautés et d’infrastructures :
À partir de 1979, le mouvement s’est développé pour compter environ 50 congrégations en Israël, avec une adhésion estimée à 50 000 membres. Ces congrégations se sont concentrées dans des zones urbaines mais aussi dans des cadres plus communautaires comme le kibboutz Hanaton et le moshav Shorashim, qui incarnent l’engagement Massorti envers le sionisme et la vie collective.
Le mouvement a également créé des Gariné Nachal, des programmes au sein de l’armée israélienne visant à intégrer les valeurs Massorti dans Tsahal le cadre militaire, notamment pour soutenir les nouveaux immigrants (olim).
Soutien international :
Le mouvement Massorti israélien a bénéficié du soutien financier et organisationnel de la Masorti Foundation for Conservative Judaism, basée aux États-Unis. Ce soutien était crucial, car l’État d’Israël ne subventionne que les institutions orthodoxes, ce qui limite les ressources disponibles pour les courants non orthodoxes.
L’organisation internationale Masorti Olami a également joué un rôle clé en coordonnant les efforts des congrégations Massorti à travers le monde, renforçant la visibilité et la cohérence du mouvement en Israël.
Le mouvement Massorti a continué à croître dans les années 1990 et 2000, mais il a dû faire face à des défis importants, notamment l’opposition du rabbinat orthodoxe, qui détient un monopole sur de nombreux aspects de la vie religieuse en Israël. Voici les principaux aspects de cette période :
Reconnaissance légale et conflits :
En 2021, une décision historique de la Cour suprême israélienne a reconnu les conversions effectuées par les mouvements Massorti et réformé en Israël comme valides pour l’obtention de la citoyenneté sous la Loi du retour. Cette décision, bien que saluée par les partis laïcs et centristes, a suscité une forte opposition de la part des rabbins orthodoxes et des politiciens religieux de droite, comme le grand-rabbin ashkénaze David Lau, qui a déclaré que les convertis Massorti ou réformés « ne sont pas Juifs ». Cette tension illustre la lutte du mouvement Massorti pour obtenir une reconnaissance institutionnelle en Israël.
Malgré cette avancée, le mouvement reste marginalisé par rapport à l’orthodoxie, notamment en matière de financement public et de contrôle des lieux saints comme le Mur Occidental, où les pratiques non orthodoxes, comme celles des Femmes du Mur soutenues par le mouvement Massorti, rencontrent une opposition virulente.
Engagement social et pluralisme :
Le mouvement Massorti s’est distingué par son ouverture aux évolutions sociales. En 2012, il a approuvé l’ordination de rabbins homosexuels et lesbiennes, une décision symbolisée par l’ordination de Mikie Goldstein, le premier rabbin homosexuel d’Israël, en 2014 à Rehovot. Cette démarche reflète l’engagement du mouvement envers la liberté de conscience et l’égalité des genres.
En 2022, le mouvement a adapté sa liturgie pour inclure des personnes non binaires lors des montées à la Torah, une initiative visant à répondre aux préoccupations modernes d’inclusion tout en respectant la structure traditionnelle des rituels.
Éducation et intégration des olim :
Le mouvement Massorti s’est fortement engagé dans l’intégration des nouveaux immigrants (olim), en particulier ceux issus de la diaspora anglophone et sud-américaine. Des programmes comme le Special Child Project, lancé par Judith Edelman Green, ont permis à des enfants handicapés (paralysés cérébraux, autistes, etc.) de participer à des rites comme la Bar/Bat Mitzvah, illustrant l’accessibilité et l’inclusivité du mouvement.
Les institutions éducatives, comme le Schechter Institute, ont continué à former des rabbins et des éducateurs capables de répondre aux besoins d’une population juive diversifiée, tout en promouvant une approche académique et critique des textes juifs.
Défis contemporains et perspectives:
Malgré sa croissance, le mouvement Massorti reste minoritaire en Israël, avec environ 50 congrégations et 50 000 membres, comparé au poids dominant de l’orthodoxie et à la présence croissante du judaïsme réformé. Plusieurs défis persistent :
Opposition de l’orthodoxie :
Le monopole orthodoxe sur les institutions religieuses israéliennes limite l’accès du mouvement Massorti aux financements publics et à la reconnaissance officielle. Par exemple, les rabbins Massorti ne peuvent pas officier de mariages reconnus par l’État, ce qui oblige les couples à se tourner vers des solutions alternatives, comme des cérémonies à l’étranger.
Les tensions autour du Mur Occidental, où les pratiques égalitaires du mouvement Massorti sont souvent contestées par les ultra-orthodoxes, ont culminé dans des incidents violents, comme les menaces de mort reçues par Yizhar Hess, directeur du mouvement Massorti en Israël, en 2018 .
Concurrence avec d’autres courants:
Le mouvement Massorti se trouve dans une position intermédiaire, entre le judaïsme réformé, plus libéral, et le judaïsme orthodoxe, plus strict. Cette position mitoyenne a conduit à des schismes internes, comme la création du judaïsme reconstructionniste par Mordecai Kaplan en 1963 et de l’Union for Traditional Judaism par David Weiss Halivni dans les années 1980, reflétant des divergences sur l’équilibre entre tradition et modernité.
Dynamisme et perspectives:
Malgré ces défis, le mouvement Massorti continue de croître, notamment grâce à son attractivité auprès des Juifs laïcs ou modérément religieux qui cherchent une alternative à l’orthodoxie. Sa vision pluraliste, son engagement dans le dialogue interreligieux et son soutien au sionisme en font un acteur important du judaïsme israélien.
Le mouvement bénéficie également de son intégration dans un réseau mondial via Masorti Olami, qui renforce sa légitimité et ses ressources. Des initiatives comme la reconnaissance des conversions Massorti par la Cour suprême en 2021 et l’accès limité à des postes rabbiniques financés par l’État (décision de 2020) marquent des avancées significatives, bien que fragiles.
Le mouvement Massorti en Israël est né dans un contexte de marginalisation face au monopole orthodoxe, mais il a su se développer depuis 1979 grâce à l’engagement d’immigrants anglophones, à la création d’institutions éducatives comme le Schechter Institute, et au soutien international de Masorti Olami et de la Masorti Foundation. Malgré des défis persistants, notamment l’opposition de l’orthodoxie et le manque de financement public, le mouvement a progressé en promouvant un judaïsme traditionaliste mais inclusif, adapté aux réalités modernes. Avec environ 50 congrégations et 50 000 membres, il reste un acteur minoritaire mais dynamique, jouant un rôle clé dans l’intégration des olim, l’éducation juive et la défense des valeurs pluralistes et démocratiques.
Le mouvement Massorti est un courant minoritaire en Afrique, où le judaïsme est historiquement moins implanté qu’en Europe, en Amérique, ou en Israël. Les communautés juives africaines, principalement concentrées en Afrique du Sud, sont issues de vagues d’immigration européennes (surtout lituaniennes et allemandes) aux XIXe et XXe siècles. Ailleurs, des communautés émergentes, comme les Juifs Igbo au Nigeria ou la communauté Abayudaya en Ouganda, revendiquent une identité juive souvent influencée par des contacts avec le judaïsme mondial, y compris le mouvement Massorti. Masorti Olami, l’organisation mondiale du mouvement Massorti, mentionne une présence en Afrique, mais celle-ci reste modeste par rapport aux Amériques ou à l’Europe.
L’Afrique du Sud abrite la communauté juive la plus importante du continent, avec environ 50 000 à 70 000 Juifs, principalement à Johannesburg et Le Cap. le mouvement Massorti y émerge comme une alternative progressiste, influencé par le modèle américain et israélien.
La communauté Abayudaya en Ouganda, fondée dans les années 1920 par Semei Kakungulu, représente un cas unique de judaïsme africain émergent. Initialement influencée par le christianisme missionnaire, cette communauté adopte progressivement des pratiques juives, notamment après des contacts avec des rabbins Massorti et réformés dans les années 2000.
Les Juifs Igbo, une communauté au Nigeria revendiquant une ascendance hébraïque, pratiquent un judaïsme influencé par des contacts avec le judaïsme mondial, y compris le mouvement Massorti. Leur histoire remonte à des récits oraux d’émigration juive d’Afrique du Nord et d’Égypte, mais leur pratique juive moderne émerge au XXe siècle, souvent en lien avec des missionnaires juifs.