Tisha B’Av (9 Av)

. Contexte historique et biblique

Tisha B’Av, littéralement le « 9 du mois d’Av », est un jour de deuil et de jeûne, considéré comme le jour le plus triste du calendrier juif. Il commémore plusieurs tragédies majeures de l’histoire juive, notamment la destruction des deux Temples de Jérusalem.

  • Événements associés :
    • 587 avant notre ère : Destruction du Premier Temple par les Babyloniens sous Nabuchodonosor, marquant le début de l’exil à Babylone.
    • 70 de notre ère : Destruction du Second Temple par les Romains sous Titus, entraînant la dispersion du peuple juif (Galout).
    • Autres tragédies traditionnellement associées à Tisha B’Av :
      • L’échec de la révolte de Bar Kokhba (135), qui a conduit à la destruction de nombreuses communautés juives.
      • L’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492.
      • D’autres événements tragiques, comme des pogroms ou des persécutions, sont parfois rattachés à cette date.
    • Origine biblique : Tisha B’Av est lié à l’épisode des explorateurs (Nombres 13-14), où les Israélites, après avoir entendu un rapport pessimiste sur la Terre Promise, pleurent et doutent de Dieu. La tradition rapporte que Dieu décréta que ce jour deviendrait un jour de pleurs pour les générations futures.
    • Dates : Tisha B’Av tombe le 8 ou 9 Av, mais si le 9 Av coïncide avec le Shabbat, le jeûne est reporté au 10 Av. En 2025, Tisha B’Av aura lieu les 2 et 3 août.
  1. Signification spirituelle

Tisha B’Av est un jour de deuil collectif, de réflexion et de repentance. Ses thèmes incluent :

  • La perte spirituelle : La destruction des Temples symbolise la rupture de la présence divine (Shekhina) parmi le peuple juif, due aux péchés comme la haine gratuite (sinat hinam), l’idolâtrie ou l’injustice sociale.
  • L’exil et la dispersion : Tisha B’Av rappelle la douleur de la Galout (exil) et l’aspiration au retour à Sion.
  • Espoir de rédemption : Malgré le deuil, Tisha B’Av porte un message d’espoir, car la tradition juive associe ce jour à la future reconstruction du Temple et à l’ère messianique.
  1. Traditions et pratiques

Tisha B’Av est un jeûne majeur (comme Yom Kippour), accompagné de pratiques austères et de rituels de deuil :

  1. Jeûne :
    • Le jeûne dure environ 25 heures, du coucher du soleil le 8 Av au crépuscule le 9 Av, interdisant de manger, boire, se laver, porter des chaussures en cuir, avoir des relations conjugales ou s’adonner à des activités plaisantes.
    • Les personnes malades, enceintes ou âgées peuvent être exemptées après consultation rabbinique.
  2. Lecture des Lamentations (Eikha) :
    • Le Livre des Lamentations, attribué au prophète Jérémie, est lu dans les synagogues la veille de Tisha B’Av, souvent à la lumière de bougies, dans une atmosphère sombre. Ce texte poétique déplore la destruction de Jérusalem.
    • D’autres textes, comme des Kinot (poèmes de deuil), sont récités pour commémorer les tragédies juives.
  3. Pratiques de deuil :
    • Les fidèles s’assoient par terre ou sur des bancs bas, comme lors d’un deuil personnel.
    • Les synagogues sont faiblement éclairées, et le rideau de l’Arche sainte (Parokhet) est parfois retiré.
    • Il est interdit de porter des vêtements neufs, de se coiffer, de se parfumer ou de saluer joyeusement.
  4. Les trois semaines et les neuf jours :
    • Tisha B’Av est précédé d’une période de deuil progressif appelée les trois semaines (du 17 Tammouz au 9 Av), marquée par des restrictions (pas de mariages, pas de musique festive).
    • Les neuf jours précédant Tisha B’Av intensifient les restrictions : pas de viande, pas de vin, pas de bain pour le plaisir, pas de nouveaux vêtements.
  5. Coutumes post-jeûne :
    • Après Tisha B’Av, l’ambiance s’allège légèrement, car la tradition associe ce jour à la naissance du Messie. Certains commencent à reprendre des activités normales dès le lendemain midi.
  1. Importance contemporaine

Tisha B’Av reste un moment de réflexion sur les tragédies historiques et les défis actuels du peuple juif. Dans les communautés religieuses, il est observé avec une grande solennité, tandis que dans les cercles laïcs, il peut être une occasion d’étudier l’histoire juive ou de discuter de la réconciliation. En Israël, des lectures publiques des Lamentations ont lieu au Mur occidental (Kotel), et des programmes éducatifs explorent les thèmes de l’unité et de la tolérance pour contrer la sinat hinam.

  • Débats modernes : Certains remettent en question la pertinence de Tisha B’Av à l’ère de l’Etat d’Israel, vu que le peuple juif n’est plus en exil. Cependant, la fête conserve sa place comme un rappel des conséquences de la division interne et un appel à la reconstruction spirituelle.

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