Rivon Krygier a étudié à l’Université hébraïque de Jérusalem et à l’Institut Ma’ayanot d’études juives, dirigé par le rabbin Léon Ashkenazi (Manitou). Il est devenu le premier rabbin francophone ordonné par l’Institut Schechter de Jérusalem (affilié au Jewish Theological Seminary of America) en 1991. Il est également titulaire d’un doctorat en sciences des religions de la Sorbonne (1996).
Krygier adhère à la philosophie du judaïsme Massorti, qui, suivant les bases posées par Zacharias Frankel, cherche à concilier la fidélité à la tradition juive (Halakha) avec une adaptation aux réalités modernes. Cette approche mitoyenne entre le judaïsme orthodoxe et le judaïsme réformé correspond à sa vision d’un judaïsme évolutif, ancré dans l’histoire et la spiritualité.
Fondation et direction d’Adath Shalom :
En 1991, Krygier devient rabbin de la synagogue Adath Shalom (Assemblée de la Paix), fondée en 1987 par une cinquantaine de familles dissidentes d’une synagogue libérale à Paris (15e arrondissement). Cette communauté devient la première congrégation Massorti de France, marquant l’introduction officielle du mouvement dans le pays.
Sous sa direction, Adath Shalom passe d’une poignée de familles à près de 350 familles membres, avec plus de 100 étudiants dans son école juive (EJM), créée en partenariat avec des congrégations libérales. Cette croissance reflète son succès à attirer des juifs en quête d’un judaïsme traditionaliste mais égalitaire.
Krygier a instauré des offices égalitaires, où les femmes ont un statut égal aux hommes, une distinction majeure par rapport au judaïsme orthodoxe. Il a également promu l’étude des textes juifs dans un esprit pluraliste, combinant rigueur intellectuelle et spiritualité.
Rivon Krygier a joué un rôle clé dans la diffusion des idées Massorti en France à travers ses publications et traductions :
▪ À la limite de Dieu (1998) : essai théologique sur la contradiction entre libre arbitre et prescience divine, reflétant son engagement intellectuel dans les questions éthiques et théologiques.
▪ Sidour d’Adath Shalom (1993-1994) : traduction des prières pour les offices du vendredi soir et du samedi matin, avec versions translittérées pour faciliter l’accès aux non-hébraïsants. Ces sidourim sont des outils pédagogiques majeurs pour les communautés Massorti.
▪ La Loi juive à l’aube du XXIe siècle (1999, collectif) : ouvrage abordant des questions contemporaines comme la judéité, la conversion, et le statut des femmes dans la Halakha.
▪ Mahzor pour Roch Hachana et Yom Kippour : édition de livres liturgiques pour les grandes fêtes, adaptés au rite Massorti français.
▪ Fondamentalisme et humanisme dans le judaïsme, publié aux Éditions In Press en 2025.
Ces travaux ont permis de rendre la pensée et la pratique Massorti accessibles au public francophone, renforçant l’identité du mouvement.
Krygier s’est distingué par son engagement dans le dialogue judéo-chrétien, influencé par l’héritage d’Abraham Joshua Heschel, figure du mouvement Massorti impliquée dans Vatican II. En 2010, il est devenu le premier rabbin invité à donner une conférence lors des Conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, un événement marquant malgré des perturbations par des fondamentalistes chrétiens.
Cet engagement a contribué à positionner le mouvement Massorti comme un acteur du pluralisme religieux en France, en phase avec sa vision humaniste.
Krygier a soutenu l’expansion du mouvement Massorti en France, qui compte aujourd’hui plusieurs communautés.
Il a encouragé une approche traditionaliste mais progressiste, notamment sur des questions comme l’égalité des genres, l’accueil des convertis, et l’ouverture à la recherche universitaire, distinguant le mouvement Massorti du judaïsme consistorial et libéral.
• Défis : Krygier a reconnu la difficulté de positionner le mouvement Massorti en France, entre le judaïsme orthodoxe (dominant via le Consistoire) et le judaïsme libéral. La communauté a dû surmonter un manque de financement et une perception du mouvement comme « américain ».
• Impact : sous son leadership, Adath Shalom est devenue un modèle pour les congrégations Massorti en France, attirant des Juifs séfarades et ashkénazes, ainsi que des jeunes en quête d’un judaïsme vivant et inclusif. La croissance du mouvement, avec six congrégations en 2010, témoigne de son influence.
• Héritage : Krygier a pris sa retraite en 2025, laissant la direction d’Adath Shalom au rabbin Josh Weiner. Son travail a jeté des bases solides pour le mouvement Massorti en France, à travers l’éducation, la liturgie, et le dialogue interreligieux.
Rivon Krygier a été un pionnier du mouvement Massorti en France, transformant Adath Shalom en un centre dynamique de spiritualité, d’étude, et d’égalité.
Ses publications, son engagement interreligieux, et sa vision d’une Halakha évolutive ont non seulement implanté le mouvement dans un contexte français dominé par l’orthodoxie consistoriale, mais ont aussi inspiré la création de nouvelles communautés Massorti. Son travail intellectuel et pastoral continue d’influencer le judaïsme français contemporain.