« Ce recueil ouvre tout grand l’éventail des travers acquis et des faiblesses innées qui défigurent, tout en l’égayant au regard du tiers qui s’en régale, notre existence incohérente de tous les jours. La justesse et l’acuité des réflexions sont accentuées par leur ton impertinent, leur tour souvent inattendu : « On ne se gratte pas la tête pour rien : ou bien on a des soucis, ou bien on a des poux. » Les observations incisives complètent parfois l’usage de la stricte logique talmudique : « Quand un juif a un chien, de deux choses l’une : ou bien le chien n’est pas un vrai chien, ou bien le juif n’est pas un vrai juif. » Les constatations sèches et perspicaces abondent : « Qu’est-ce qu’un psychiatre ? C’est un médecin juif qui ne supporte pas la vue du sang » (car il est victime d’une phobie qui fait suite à l’interdit biblique…). Les situations burlesques, les arrière-pensées à demi articulées sont évoquées avec une vigueur qui ne le cède qu’à la vivacité du ton, la fraîcheur et la précision de l’expression, la fantaisie débridée de l’imagination satirique qu’émaille l’invention de figures justes et frappantes. Cette création de types humains hautement imagés emprunte son support à un langage à la fois corrosif et bon enfant, qui en fait le charme spécifique : « Je sais pourquoi on dit que les juifs sont riches : ils paient pour tout. » L’écrivain David Frischmann fustige en ces termes l’hypocrisie d’autres intellectuels, ses rivaux, qui affichent une feinte modestie : « Pourquoi cet auteur-là se fait-il si petit, alors qu’il n’est pas si grand ? » Excellente question, peu charitable au demeurant… D’une histoire ou d’un aphorisme à l’autre, le lecteur, complice de ce renouvellement thématique infini, se voit livré à un jeu incessant, passant de la surface la plus frivole à une profondeur qui lui donne le vertige. Il s’abandonne à un surfing qui lui découvre une vision double – à la fois ludique et rigoureuse – de son destin de condamné à mort en sursis sur terre. Pure cocasserie ou optimisme tragique ? Ici, le paradoxe religieux est poussé à l’extrême pour mieux dégager l’absurdité de l’aventure humaine risquée dans ce monde comme dans l’autre, les deux étant également tournés en dérision : « Après la résurrection des morts, je saurai ce que j’ai à faire. »