"Jacques a dit" de Susie Morgenstern , 2015

Dans Jacques a dit (2015), Susie Morgenstern, autrice américaine de littérature jeunesse, livre un récit autobiographique empreint de son identité juive et de celle de son mari, Jacques Morgenstern, un mathématicien français issu d’une famille juive pratiquante. Ce livre, destiné aux adultes, explore leur histoire d’amour à travers le prisme de leurs différences culturelles et religieuses, où le judaïsme joue un rôle central.

Susie, juive américaine au rapport plutôt décontracté à la religion, rencontre Jacques à Jérusalem en 1967, un lieu symbolique du judaïsme. Jacques, élevé dans une famille française traditionaliste, incarne une pratique religieuse stricte, marquée par les rituels du shabbat, les fêtes juives et le respect des lois kasher. Leur mariage, célébré selon la tradition juive, devient le point de départ d’une vie commune où Susie s’adapte progressivement à ces pratiques, non sans maladresse ni humour. Elle décrit avec tendresse les moments où elle apprend à respecter les traditions de Jacques, comme la préparation des repas kasher ou les célébrations de Pessah et de Rosh Hashanah, tout en apportant sa touche personnelle, souvent plus légère et américanisée.

Le judaïsme est aussi un fil conducteur dans leur vie à Nice, où le couple élève ses enfants dans un mélange de traditions juives et de modernité. Les anecdotes, comme les discussions autour des 104 marches menant à leur maison – un défi logistique pour transporter les courses kasher – ou les débats sur l’éducation religieuse des enfants, reflètent les tensions et les compromis d’un couple interculturel juif. La mort prématurée de Jacques en 1994, emporté par un cancer, est vécue par Susie à travers le prisme du deuil juif, avec une réflexion sur la mémoire et la résilience, valeurs chères à la tradition.

Écrit avec un style vif et émouvant, Jacques a dit est à la fois une ode à l’amour et une exploration de l’identité juive, entre observance rigoureuse et adaptation personnelle. Susie Morgenstern livre un témoignage universel sur la manière dont le judaïsme peut façonner une vie de couple, tout en transcendant les différences par l’amour et l’humour.

Pour aller plus loin (bonus)

  • « Le juif imaginé. D’Elsa Triolet à Romain Gary » de Nelly Wolf (2023) – essai littéraire analysant la représentation de l’identité juive à travers la littérature française contemporaine
  • « La solitude d’Israël » de Bernard-Henri Lévy (2024) – réflexion d’actualité sur l’âme juive et les enjeux contemporains d’Israël