Israël : enjeux d’une élection

Israël, Gaza et le mot « génocide » : quand le droit est remplacé par le slogan

Rabbin

Depuis des mois, une accusation revient avec une violence croissante dans le débat public français : Israël commettrait un « génocide » à Gaza. Ce terme, parmi les plus graves du vocabulaire juridique et moral contemporain, est désormais utilisé comme une évidence militante par une partie de l’extrême gauche politique et médiatique.
Pourtant, les faits juridiques sont infiniment plus complexes que les slogans.
Dans un entretien accordé à la BBC, Joan Donoghue, ancienne présidente de la Cour internationale de Justice de La Haye, a rappelé avec clarté que la Cour n’avait jamais conclu qu’Israël commettait un « génocide plausible ». Elle a précisé que la Cour avait uniquement reconnu « le droit plausible des Palestiniens à être protégés contre le génocide », ce qui est juridiquement très différent.
Cette distinction est essentielle.
La Cour n’a pas jugé Israël coupable de génocide. Elle n’a même pas affirmé que les accusations sud-africaines étaient probablement fondées. Elle a simplement considéré que l’affaire pouvait être examinée sur le fond dans le cadre de la Convention sur le génocide.
Autrement dit : l’existence d’une procédure ne constitue pas une condamnation.

Mais cette nuance juridique a pratiquement disparu du débat politique français.
Depuis le 7 octobre, le mot « génocide » est devenu un instrument central de mobilisation idéologique. Une partie de l’extrême gauche française l’utilise non comme une qualification juridique prudente, mais comme une arme politique destinée à provoquer une condamnation morale absolue d’Israël.
Le député Aymeric Caron, notamment, multiplie les interventions assimilant Israël à un État génocidaire. Dans plusieurs séquences largement relayées sur les réseaux sociaux, il parle d’un « génocide en cours », utilise des analogies historiques extrêmes et cherche à installer dans l’opinion publique l’idée que la culpabilité d’Israël serait déjà établie, alors même qu’aucune juridiction internationale ne l’a affirmé. https://x.com/CaronAymericoff/status/2056432854377103585/video/1?s=48
Cette stratégie repose sur un mécanisme simple : transformer une accusation juridique extrêmement complexe en certitude émotionnelle immédiate.
Or le droit international ne fonctionne pas sur les émotions.
Le crime de génocide exige des critères précis : notamment la démonstration d’une intention explicite d’exterminer un groupe humain en tant que tel. C’est précisément pour cette raison que les juridictions internationales utilisent ce terme avec une extrême prudence.

Même Karim Khan, procureur de la Cour pénale internationale, dont les déclarations ont pourtant été largement utilisées par les militants anti-israéliens, n’a jamais déclaré qu’Israël était coupable de génocide. https://www.facebook.com/share/v/1DzoiwBVC1/
Lorsqu’il a demandé des mandats d’arrêt contre Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant en mai 2024, Karim Khan a parlé d’allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité — notamment concernant la famine comme méthode de guerre — mais pas de génocide. (icc-cpi.int)
Plus encore : Karim Khan a simultanément demandé des mandats d’arrêt contre les dirigeants du Hamas Yahya Sinwar, Mohammed Deif et Ismaïl Haniyeh pour extermination, prise d’otages, viols et crimes contre l’humanité commis le 7 octobre. (Reuters)
Cette symétrie judiciaire dérange profondément les milieux militants qui cherchent à présenter le conflit sous une grille simpliste opposant un « bourreau absolu » à une « victime absolue ».
Car la réalité du droit international est moins idéologique : elle reconnaît que des crimes peuvent être commis par plusieurs acteurs dans une guerre, sans pour autant transformer automatiquement cette guerre en « génocide ».

Le paradoxe est frappant : ceux qui prétendent défendre le droit international ignorent souvent ce que disent réellement les institutions internationales.
La propagande fonctionne par répétition émotionnelle.
Le droit, lui, exige des preuves, des qualifications précises et des procédures rigoureuses.
Dans cette logique militante, le mot « génocide » n’est plus utilisé pour décrire une réalité juridique établie ; il devient une arme rhétorique destinée à délégitimer l’existence même d’Israël et à disqualifier moralement tous ceux qui refusent cette lecture.
Cette dérive est dangereuse.
Car le terme « génocide » a été forgé après la Shoah pour désigner l’entreprise systématique d’extermination d’un peuple. Le banaliser ou le transformer en slogan politique finit par affaiblir la mémoire des véritables génocides de l’Histoire.
Cela ne signifie évidemment pas que toute critique d’Israël serait illégitime. Dans une démocratie, l’action d’un gouvernement peut et doit être discutée. La souffrance des civils palestiniens est réelle, tragique et mérite compassion et mobilisation humanitaire.
Mais précisément parce que cette souffrance est réelle, elle exige davantage de vérité et moins d’instrumentalisation idéologique.

Le judaïsme a toujours accordé une importance centrale à la responsabilité de la parole. Dans la tradition juive, les mots peuvent construire ou détruire, éclairer ou manipuler.
Le mouvement Massorti, fidèle à une tradition de nuance, d’exigence intellectuelle et de responsabilité morale, refuse deux dérives symétriques :
• nier la souffrance palestinienne ;
• ou transformer Israël en incarnation absolue du mal au mépris du droit et des faits.
Dans une époque dominée par l’hystérisation militante et les simplifications idéologiques, rappeler ce que les juridictions internationales disent réellement n’est pas un détail technique.
C’est un devoir de vérité.

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