Co-créateur d’Astérix, Goscinny a insufflé un humour universel teinté de subtilités juives, notamment dans sa capacité à rire des travers humains avec bienveillance. Son travail, bien que moins explicitement communautaire, reflète l’esprit du shtetl, avec des personnages attachants et faillibles, comme le note le parallèle entre le village gaulois et les communautés juives.
L’humour juif dans l’œuvre de René Goscinny, notamment dans Astérix et Lucky Luke, constitue un exemple subtil, souvent voilé, mais bien réel de l’influence de son identité juive et de son héritage culturel. Bien que ces séries ne soient pas explicitement juives, plusieurs éléments caractéristiques de l’humour juif s’y retrouvent de manière récurrente.
Son ‘humour juif, souvent fondé sur une forme d’autodérision tendre et lucide, se retrouve par exemple dans ses deux célèbres bandes dessinées:
l’Empire romain représente une autorité ridicule, bureaucratique, semblable à un régime autoritaire ou colonial moqué à travers la caricature. L’administration romaine et ses absurdités (le fameux formulaire A38) dans Les Douze Travaux d’Astérix évoquent un humour kafkaïen typiquement juif.
Le musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme lui a consacré une exposition en 2017 et c’est ainsi qu’il y fut présenté :
La personnalité haute en couleurs de Goscinny, son parcours tout entier, méritent l’hommage que cet ouvrage et l’exposition lui rendent, en prenant en compte le caractère exceptionnel – personnel, intellectuel et artistique – d’un auteur génial, d’une créativité prolixe.
Comment et pourquoi Goscinny occupe-t-il une place si singulière, comment expliquer le succès international, toujours inégalé de ce phénomène culturel mondial, de cet auteur clé de la littérature, « de l’un des acteurs primordiaux, stratégiques, de l’avènement du neuvième art ».
Si le nom de René Goscinny est présent depuis longtemps dans la culture populaire francophone, la dimension même de cette personnalité hors du commun, l’ampleur de son œuvre et de son succès sont largement méconnues, voire sous-estimées. Pour prendre la mesure de l’œuvre et de son importance dans le monde de la bande dessinée et de la littérature contemporaine, rien ne vaut le rappel de quelques chiffres : cinq cents millions de livres et d’albums vendus dans le monde, dont deux cents millions pour pour Lucky Luke (Goscinny-Morris), trois cents vingt millions pour Astérix (Goscinny-Uderzo) et huit millions pour Le petit Nicolas (Goscinny-Sempé). Les œuvres de Goscinny ont été traduites en cent cinquante langues, dont Astérix en cent vingt langues, Iznogoud (Goscinny-Tabary) et Lucky Luke en une quarantaine de langues. Le Petit Nicolas est aujourd’hui intégré dans les programmes scolaires. Le film d’animation et le cinéma ont rendu leurs hommages à Goscinny et à ses co-auteurs : les adaptations cinématographiques de Lucky Luke, Iznogoud ou du Petit Nicolas appartiennent à la culture populaire contemporaine. Quant à Astérix, les chiffres parlent d’eux-mêmes : ainsi Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, réalisé par Alain Chabat en 2002, a attiré plus de quatorze millions et demi de spectateurs en France.
Le documentaire « Goscinny, l’irréductible » (France 5) aborde en profondeur son identité juive.