Élie Kakou, de son vrai nom Alain Kakou, est né à Nabeul, en Tunisie, dans une famille juive sépharade traditionnelle. Il arrive très jeune à Marseille, dans une communauté juive soudée et pleine de chaleur. C’est cette double culture judéo-tunisienne et française, ancrée dans le Sud populaire, qui sera la matrice de toute son œuvre.
Il fait ses armes à Paris, au Cours Florent, et se lance dans le one-man-show à la fin des années 1980. En une décennie à peine, il devient une icône populaire.
Madame Sarfati : la mère juive devenue mythe
Son personnage le plus célèbre, Madame Sarfati, est l’archétype de la mère juive maghrébine : autoritaire, affective, dramatique, culpabilisante et indéfectiblement aimante.
« Mon fils, il est ingénieur-comédien. Mais il peut faire médecine. »
Madame Sarfati est une figure tragique et burlesque : elle incarne à la fois l’amour infini et l’emprise maternelle, la tendresse et l’étouffement. C’est une mère-Dieu, omniprésente, omnisciente, omni dérangeante. Ce personnage touche toutes les mères, mais surtout les enfants d’immigrés, et en particulier les juifs sépharades, qui reconnaissent cette figure d’une culture où l’amour s’exprime par l’excès.
Kakou est mort jeune, à 39 ans, d’un cancer du poumon qu’il avait caché à son public. Il est monté sur scène jusqu’au bout, avec un humour plus noir, plus épuré, presque existentiel. Dans ses derniers sketchs, on sent une profonde mélancolie, une conscience aiguë de la mort et de la fragilité humaine. « J’ai fait rire tout le monde, sauf moi. »
Il incarne alors pleinement une des grandes dimensions de l’humour juif : rire pour ne pas pleurer, mais savoir que l’on rit aussi de ce qui fait mal.