Joseph Klatzmann L'HUMOUR JUIF, edition de 2020

« L’objet de ce livre, qui s’adresse aux non-Juifs autant qu’aux Juifs, est certes en partie de raconter des histoires pour faire rire, mais plus encore de faire comprendre comment elles sont nées et ce qu’elles signifient. Détachée de son contexte, la meilleure des histoires peut perdre tout son intérêt ou même devenir incompréhensible ».

« Il ne suffit pas qu’une histoire soit inventée par un Juif et concerne d’autres Juifs pour qu’elle appartienne à l’humour juif. On trouve en effet, dans presque tous les livres sur l’humour juif, des histoires qui pourraient, sans qu’on y change un mot, à l’exception des noms de personnes et de lieux, être racontées n’importe où dans le monde. Alors, quelles « histoires juives » (même si elles ne sont pas présentées comme telles) méritent d’être considérées comme appartenant à l’humour juif ? La réponse est double. Tout d’abord, les Juifs ont eu, dans tous les pays où ils ont été dispersés, une histoire unique, sans équivalent pour d’autres groupes humains. Certes, persécutions et massacres ont touché bien des communautés depuis que les hommes existent, mais ce qui a été subi par les Juifs a toujours eu un caractère spécifique. Si les grands drames n’incitent guère à l’humour, celui-ci a pu constituer une forme de résistance aux petites persécutions quotidiennes ou à la misère des ghettos. Pour qu’une histoire fasse partie, sans aucun doute, de l’humour juif, il faut donc qu’elle concerne des problèmes propres aux Juifs et qu’elle ait été inventée par des Juifs… Par ailleurs, ce n’est pas par hasard qu’une grande partie des histoires qui appartiennent à l’humour juif ont été créées en yiddish, cette langue que parlaient les Juifs d’Europe orientale et d’Europe centrale et qui a une saveur toute particulière. Celui qui la parle reconnaît le caractère juif d’une anecdote, même s’il la trouve dans un texte où elle n’est pas présentée comme telle. »