En l’honneur du professeur Elliot Dorff
Rabbin, enseignant, mensch
À l’occasion de son passage à l’âge de Gevourot.
Puisse-t-il continuer à apprendre, à enseigner et à agir
Ad me’ah v’esrim.
Question : Le piercing est-il autorisé selon la loi juive ?
Réponse : Par souci de clarté, je diviserai ma réponse en six chapitres :
- Piercing des oreilles et du nez pour les filles et les femmes ;
- Piercing des oreilles et du nez pour les garçons et les hommes ;
- Mora av va’em – craindre ses parents ;
- Piercing d’autres parties du corps ;
- Complications médicales ;
- Résumé et halakha pratique.
- I) Piercing des oreilles et du nez pour les filles et les femmes
À l’époque biblique, les filles et les femmes portaient des boucles d’oreilles et/ou des anneaux dans le nez, comme le montrent les sources suivantes. Le mot hébreu fréquemment utilisé est nezem, qui peut signifier boucle d’oreille ou anneau nasal, selon le contexte.
- Genèse 24, 47 (cf. ibid., 22, 30) : Le serviteur d’Abraham dit à la famille de Rebecca : « Alors j’ai passé la boucle à ses narines, et les bracelets à ses bras. »
- Genèse 35, 4 : « Et [les membres de la maison de Jacob] remirent à Jacob tous les dieux étrangers qui étaient en leur possession, et les joyaux qui étaient à leurs oreilles… » (il n’est pas évident de comprendre si les anneaux étaient portés par les hommes et/ou les femmes).
- Exode 32, 2-3 : « Aaron leur dit : détachez les pendants d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et me les apportez. Et tous se dépouillèrent des pendants d’or qui étaient à leurs oreilles, et les apportèrent à Aaron ».
- Isaïe 3, 18-21 : « En ce jour-là, le Seigneur enlèvera les parures […] les pendants d’oreille [hanetifot] […] les bagues et les anneaux du nez […] ». Les « Netifot » sont probablement des boucles d’oreille avec des perles qui tombent comme des gouttes d’eau. (1)
- Ézéchiel 16, 12 : Le prophète s’adresse à Jérusalem comme si elle était une jeune femme qui s’était égarée du droit chemin : « Et je mis un anneau au nez et des boucles aux oreilles […] ».
- Osée 2, 15 : Le prophète compare les Israélites du Nord à une prostituée : « Elle s’est parée de joyaux et atours, et elle est allée après ses amants ». (2)
- Proverbes 25, 12 : « Comme un anneau d’or, un ornement d’or est une réprimande du sage à l’oreille attentive. »
À l’époque de la Michna et du Talmud, on supposait également que les filles et les femmes portaient des boucles d’oreilles et des anneaux au nez. Voici quelques-unes des sources sur le sujet, rassemblées par A. Sh. Hirschberg et Samuel Krauss :
- Michna Chabbat 6, 1 : « Avec quoi une femme sort-elle [le jour du Chabbat] et avec quoi ne sort-elle pas? … et pas avec des nezamim… »
- Le Talmud Bavli (Chabbat 59b en bas) explique « nezamim : les anneaux du nez », et Rachi explique : « Mais les boucles d’oreille sont autorisées [le jour du Chabbat] car elles sont difficiles à enlever et à montrer… ».
- Michna Chabbat 6, 6 : « Les jeunes filles sortent avec des fils et même avec des pépites dans les oreilles. » Rashi explique (Chabbat 65a) que les jeunes filles se percent les oreilles mais ne portent pas de boucles d’oreilles avant d’être plus âgées, elles mettent donc un fil ou une pépite dans leurs oreilles afin que les trous ne se referment pas.
- Michna Kelim 11, 8-9 : « Tous les bijoux des femmes sont impurs… boucles d’oreilles… anneaux de nez… Si une boucle d’oreille est faite avec une partie inférieure en forme de pot et une partie supérieure en forme de lentille... ».
- Tossefta Avodah Zarah 5, 1, éd. Zuckermandel, p. 468 : “Et les Sages disent : [une forme d’idolâtrie] n’est pas seulement interdite… sur les objets vénérés tels que les cheirim [= chaînes, colliers] et les nezamim et katlaot [= chaînes, colliers] et les chevalières – tous ces objets sont interdits… “.
- Kiddouchin 48a en bas = Bava Kama 99a : « Comme nous l’avons appris dans une Baraita [=un enseignement tannaïtique qui ne se trouve pas dans la Michna] : « [Si une femme dit à un homme :] Fais-moi des cheirim [= chaînes, colliers], des nezamim et des chevalières et je me fiancerai à toi, une fois qu’il les a fabriqués, elle est fiancée – Ainsi parlait Rabbi Meir… ».
- Chabbat 46b = Moed Katan 12b : « [Mais nous avons appris dans une Baraita :] les cheirim [= chaînes, colliers] et les nezamim et les chevalières sont comme tous les récipients qui peuvent être portés dans une cour [le jour du Chabbat]… ».
- Chemot Rabba 15,3 : « À quoi cela peut-il être comparé ? À un roi qui voulait épouser une femme et on vint lui dire : Elle est pauvre, elle ne possède en tout et pour tout que deux nezamim… ».
Enfin, au Moyen Âge et à l’époque moderne, les femmes juives portaient également des boucles d’oreilles, comme en témoignent de nombreuses illustrations. (3)
Nous avons donc vu que les femmes et les filles juives ont toujours percé leurs oreilles et leur nez et porté des boucles d’oreilles et des anneaux de nez depuis l’époque biblique jusqu’à aujourd’hui, et personne n’a tenté de l’interdire.
- II) Piercing des oreilles et du nez chez les garçons et les hommes
En ce qui concerne les garçons et les hommes, la question est un peu plus complexe, mais après une étude attentive, il s’avère que c’est également permis. L’Exode 32, 2-3 cité ci-dessus implique que les garçons et les hommes portaient également des boucles d’oreilles à l’époque biblique. Il ressort clairement du verset 2 que les garçons portaient des boucles d’oreilles en or, tandis que le verset 3 indique que les hommes portaient également des boucles d’oreilles, d’où l’expression « tous/tout le peuple ».
Cela est également suggéré à la fin du livre de Job (42, 11). Il y est rapporté que tous les frères, sœurs et connaissances de Job vinrent le réconforter « et chacun lui donna une kesitah, et chacun un nezem d’or » nezem, ce qui implique que Job portait des boucles d’oreilles ou des anneaux dans le nez. (4)
D’autre part, une source biblique laisse entendre que les hommes israélites ne portaient pas de nezamim. On lit cela dans Juges 8, 24-26 :
« Toutefois, ajouta Gédéon, je voudrais vous demander une chose : donnez-moi chacun les boucles prises aux ennemis ». En effet; ceux-ci avaient des boucles d’or, étant Ismaélites… Et chacun (y) jeta les boucles de son butin… indépendamment des croissants et des netifot [pendants d’oreilles avec des perles, comme ci-dessus]… que portaient les rois de Madian…
En d’autres termes, les Madianites, appelés « Ismaélites » (au sens de peuples nomades du désert, cf. Genèse 37, 25-36), portaient des boucles d’or et des netifot, contrairement aux enfants d’Israël qui n’en portaient pas.
On ne prend généralement pas de décisions halakhiques sur la base de la Bible, mais nous avons néanmoins appris qu’il est prouvé que les hommes portaient effectivement des boucles d’oreilles à l’époque biblique. (5)
Une source semble indiquer que certains hommes se perçaient les oreilles pendant la période tannaïtique :
Comme nous l’avons appris dans une Baraita : un tailleur ne peut pas sortir [le jour du Chabbat] avec son aiguille plantée dans son vêtement, ni un charpentier avec une pépite dans l’oreille… (Chabbat 11b).
Cependant, cette source est incertaine, car dans deux versions du passage parallèle de la Tossefta, il est dit : « ni un charpentier avec une pépite autour du cou ». (6)
D’autre part, pendant la période des Tannaim, certains sages ont tenté d’interdire aux hommes de porter des bijoux féminins, et c’est peut-être pour cette raison que nous devrions l’interdire dans notre étude. Nous avons appris dans le Sifrei Devarim (paragraphe 226, éd. Finkelstein, p. 258 ; cf. Midrach Tannaim sur Deut. 22, 5, p. 134):
« Un homme ne portera point un vêtement de femme » (7)… c’est pourquoi il est dit toevah [= abomination], quelque chose qui conduit à l’abomination — c’est une règle générale : une femme ne doit pas s’habiller comme un homme et se mêler aux hommes, et un homme ne doit pas se parer de bijoux féminins et se mêler aux femmes… (8)
Il convient toutefois de souligner que le Tannah s’oppose spécifiquement aux « bijoux de femmes », alors que nous avons affaire ici à des bijoux unisexes portés aussi bien par les hommes que par les femmes. Quoi qu’il en soit, cette opinion n’a pas été acceptée comme halakha. Dans la Baraita parallèle (Nazir 59a), il n’est pas fait mention de « bijoux de femmes ».
En effet, les principaux poskim [= autorités halakhiques] ont statué conformément au Nazir et non conformément au Sifrei Devarim.
De plus, ils ont souligné que ces interdictions sont déterminées par les mœurs sociales de l’époque et du lieu. (9) Et d’ailleurs Maïmonide l’écrit dans son Sefer Hamitsvot (Négatif, n° 40) : « et tout homme qui se pare ou porte ce qui est considéré en ce lieu comme étant réservé aux femmes – reçoit des coups de fouet [pour avoir transgressé un commandement négatif] ». Et ainsi a statué Maïmonide dans ses Lois sur l’idolâtrie 12, 10 : « Et un homme ne doit pas se parer des ornements des femmes, tels que des vêtements colorés et des ornements en or, dans un lieu où seules les femmes portent ces vêtements et ces ornements — tout doit être en conformité avec la coutume locale ».
Et ainsi en a décidé le Tur (Yoreh De’ah 182) : « Une femme ne doit pas porter de vêtements qui sont réservés aux hommes selon la coutume locale.» Le rabbin Yosef Karo a cité mot pour mot le Michne Torah (loc. cit.) dans Yoreh Deah 182:5 (à l’exception des trois derniers mots).
Ainsi, nous avons appris que les garçons et les hommes portaient des boucles d’oreilles à l’époque biblique. À l’époque tannaïtique, certains sages ont tenté d’interdire aux hommes de porter des bijoux féminins, mais cette opinion n’a pas été citée dans le Talmud babylonien. Par la suite, les principaux poskim ont mis l’accent sur l’aspect sociologique de la question et ont interdit les bijoux aux hommes uniquement si ces mêmes bijoux étaient destinés à être portés par les femmes à telle époque et en tel endroit. Comme il est aujourd’hui d’usage que les femmes et les hommes portent des boucles d’oreilles et des anneaux dans le nez, il n’y a pas d’interdiction générale, car en cette matière « tout doit être en conformité avec la coutume locale ». (10)
III) Mora Av Va’em – Craindre son père et sa mère
Il nous est commandé dans Lévitique 19, 3 : « Révérez, chacun, votre mère et votre père », et les Sages ont expliqué (Kiddouchin 31b en bas et parallèles) : « Nos Sages ont enseigné [dans une Baraita] : qu’est-ce que la crainte ? Aussi, il ne contredit pas ses paroles, et il ne fait pas pencher la balance (makhrio) ». Il existe différentes approches de la signification de l’expression « aussi, il ne contredit pas ses paroles ». De nombreux Richonim [autorités médiévales, vers 1000-1550] et poskim citent cette expression sans l’expliquer. (11) Rachi n’a pas expliqué cette expression, mais a interprété l’expression adjacente : « Et ne fais pas makhrio – si son père et un autre sage sont en désaccord sur une question halakhique, il ne doit pas dire « l’opinion de ploni semble correcte » ». Rabbi Meir Halevi Abulafia (Haramah, Espagne, 1165-1244) a réagi : « Ceci est inutile, car cela revient à dire « il contredit ses paroles », car même s’il est d’accord avec son père, il ne doit pas dire « je suis d’accord avec les paroles d’Abba », car il semble faire pencher la balance en faveur de son père (makhria). S’il peut répondre à ceux qui ne sont pas d’accord, qu’il parle. (12)
En d’autres termes, selon le Ramah, ces deux expressions traitent de controverses halakhiques. « Le contredire » signifie être d’accord avec l’adversaire de son père ; makhrio signifie faire pencher la balance en faveur de son père. Cependant, avec tout le respect qui lui est dû, rien dans la Baraita n’indique qu’il s’agit de controverses halakhiques.
Selon son sens littéral, l’expression « Aussi, il ne contredit pas ses paroles » fait référence à tout type de contradiction. C’est d’ailleurs ainsi que Rabbi Hananel, fils de Rabbi Shmuel, gendre de Maïmonide (Égypte, XIIe-XIIIe siècles)(13), a expliqué cette expression (Commentaire sur Kiddouchin, éd. Blau, New York, 5730, p. 256) : « Aussi, il contredit ses paroles : dans les affaires matérielles ». Une interprétation similaire a été donnée par Rabbi Pinchas Halevi Horowitz (Francfort, 1730-1805) dans son Sefer Hamakneh sur le traité Kiddouchin : « Il semble que tout ce que son père lui demande de faire — même s’il s’agit d’une chose dont il ne tire aucun bénéfice et qui n’est pas impliquée par « révère [ton père] » — même ainsi, si le fils n’en subit aucune perte [financière], cela est compris dans la crainte [=mora], car s’il ne lui obéit pas, il est tel celui qui contredit ses paroles, or il doit l’écouter ». (14)
Le commandement de mora av va’em, qui consiste à craindre son père et sa mère, s’applique bien sûr en tout temps, mais il mérite d’être mentionné dans notre contexte, car de nos jours, cette question spécifique est source de nombreuses tensions et conflits entre les parents et leurs enfants, en particulier lorsqu’il s’agit de se faire percer des parties inhabituelles du corps (voir ci-dessous). Ainsi, les enfants et les adolescents qui souhaitent se faire percer le corps ne doivent seulement le faire selon leur volonté, ils doivent aussi tenir compte de celle de leurs parents. Si leurs parents s’y opposent, ils doivent leur obéir afin de respecter le commandement de mora av va’em, tel qu’il est interprété par les commentateurs ci-dessus.
- IV) Piercing d’autres parties du corps
Ces dernières années, on observe une tendance croissante à porter des boucles d’oreilles dans de nombreuses parties du corps autres que le nez et les oreilles, notamment : les sourcils, les yeux, les lèvres, les joues, la langue, le nombril, les mamelons et toutes les parties des organes génitaux. (15)
À première vue, il existe un précédent pour les bijoux sur les mamelons et l’utérus. On lit dans Nombres 31, 50 (et cf. Exode 35, 22) : « Nous apportons donc en hommage à l’Éternel ce que chacun de nous a trouvé de joyaux d’or, chaînettes, bracelets, bagues, des anneaux, des agil et des koumaz, pour racheter nos personnes devant l’Éternel ».
Le Talmud a tenté d’expliquer ces deux mots dans Chabbat 64a : « Rabbi Elazar a dit : agil est un defuss [= forme, moule] de mamelons, koumaz est un defuss de l’utérus ». Rachi explique la deuxième phrase dans son commentaire sur le chapitre parallèle dans Berakhot 24a, s.v. takhchitin chebifnim : «Koumaz — un moule de l’utérus qu’ils fabriquaient pour leurs filles, et ils perçaient les parois de l’utérus comme on perce les oreilles et l’inséraient afin que les hommes n’aient pas de relations avec elles ».
En d’autres termes, selon Rachi, koumaz signifie « ceinture de chasteté », et Rabbah y fait allusion plus loin dans la sugya dans Chabbat, en utilisant un notarikon : « KuMaZ – Kan Mekom Zima », voici un lieu de débauche ».
Cependant, ces sources ne peuvent constituer un précédent pour permettre aujourd’hui le piercing des organes génitaux, et ce pour quatre raisons :
- Rabbi Elazar ne faisait apparemment pas référence à des bijoux qui s’insèrent dans un orifice du corps, mais plutôt à un « defuss shel dadin », qui signifie « soutien-gorge », et « defuss shel beit harehem », qui désigne une sorte de ceinture ou de corset. (16)
- Le koumaz décrit par Rachi était fait par pudeur, alors qu’aujourd’hui, on pense généralement que les anneaux dans les organes génitaux augmentent le plaisir sexuel. (17)
- L’explication de Rabbah pour koumaz est une étymologie populaire, mais ce n’est pas le sens simple du verset.
- En effet, certains érudits modernes pensent que le mot obscur koumaz est lié au mot arabe koumzat, qui signifie petite boule ou « grappe, tas, bouquet, amoncellement », et que koumaz pourrait donc désigner un collier de boules ou une seule boule. (18) Si tel est le cas, il n’y a absolument aucun lien entre ce mot et notre sujet.
Quoi qu’il en soit, la pudeur est l’une des valeurs suprêmes du judaïsme, c’est pourquoi nos Sages ont cherché à prévenir les « pensées pécheresses » en se basant sur le verset « Que nul de vous n’approche d’aucune parente, pour en découvrir la nudité » (Lévitique 18, 6). (19)
De nos jours, le piercing des organes génitaux découle, comme nous l’avons vu, d’un désir d’augmenter le plaisir sexuel. En effet, les couples mariés sont autorisés à profiter des relations sexuelles de différentes manières (20), mais aujourd’hui, la plupart des jeunes et des adolescents qui se font percer les organes génitaux ne sont pas mariés et le Va’ad Halakhah [= Comité de la loi] de l’Assemblée rabbinique d’Israël s’est opposé aux relations sexuelles avant le mariage (21). Par conséquent, les anneaux dans les organes génitaux des célibataires et des adolescents sont incompatibles avec les valeurs juives de pudeur et ne devraient pas être portés.
- V) Complications médicales
Au chapitre 4 de son Hilkhot Deot dans son Michne Torah, Maïmonide dresse une longue liste de choses qu’une personne doit faire pour rester en bonne santé. La plupart d’entre elles sont tirées de la littérature talmudique, mais certaines sont sans aucun doute issues de l’expérience de Maïmonide en tant que médecin. Dans la Halakha 1, il explique le principe directeur du chapitre :
Puisque la santé et l’intégrité du corps font partie des voies de Dieu, car il est impossible de comprendre ou de connaître quoi que ce soit de la connaissance du Créateur si l’on est malade, il faut donc s’éloigner de tout ce qui détruit le corps et s’habituer à tout ce qui le guérit. Et voici ce qu’il faut faire : une personne ne doit jamais manger sauf lorsqu’elle a faim, elle ne doit pas boire sauf lorsqu’elle a soif, et elle ne doit pas se retenir d’uriner, même un instant…
Outre l’avertissement de Maïmonide, il existe un autre concept halakhique important qui met en garde contre les dangers physiques. Il est dit dans le Deutéronome (4, 9) : « Mais aussi garde-toi et évite avec soin pour ton salut (…) » et encore (4, 15) : « Prenez donc bien garde à vous-même !(…) ». Selon le sens simple, ces versets mettent en garde contre l’oubli de la Torah (v. 9) et contre l’idolâtrie (v. 15), mais nos Sages les ont intégrés dans un passage aggadique [non juridique] qui traite du danger physique afin de dire : les Juifs doivent protéger leur santé physique (Berakhot 32b, en bas).
Maïmonide voyait également dans ces versets une mise en garde contre les dangers physiques. Après avoir recommandé de couvrir les fosses ouvertes et autres équivalents, il poursuit (Hilkhot Rotzeah Ushemirat Hanefesh 11, 4) : « De même, tout obstacle susceptible de causer la mort doit être éliminé, il faut s’en prémunir et être très, très prudent, comme il est dit : « Mais aussi garde-toi et évite avec soin pour ton salut (…)» (Deut. 4, 9) ». Cette règle a ensuite été reprise par le Choulkhan Aroukh (Hoshen Mishpat 427, 8).
De même, nos Sages ont interdit de nombreuses choses en raison du danger qu’elles représentent, notamment mettre des pièces de monnaie dans la bouche de peur qu’elles ne soient recouvertes de salive séchée provenant de personnes atteintes de furoncles ou de lèpre (Maïmonide, ibid., 11, 4 – 12, 6). De plus, Maïmonide (ibid., 12, 6), Rabbi Yosef Karo (Hochen Michpat 427, 10) et Rabbi Moshe Isserles (le Rema, Yoreh De’ah 116, 5 à la fin) ont souligné qu’il ne s’agit là que d’exemples et qu’il faut se méfier de « tous les dangers similaires » (Maïmonide). (22)
En effet, nous avons prouvé ailleurs que fumer est interdit parce que c’est un risque certain qui nuit à tous les fumeurs et à toutes les personnes qui se trouvent à proximité. (23) Le piercing corporel, en revanche, ne constitue pas un risque certain qui nuirait à tous ceux qui se font percer le corps et ne peut donc être interdit purement et simplement en raison du danger qu’il représente. Néanmoins, des études médicales montrent que le piercing corporel comporte un certain nombre de risques et de complications médicales : (24)
- Des études ont montré que le taux d’infection pour le piercing de l’oreille est de 11 à 24 % (Samantha et al.) ou jusqu’à 35 % (Schorzman) et de 10 à 30 % pour les piercings corporels en général (Schorzman).
- Une étude réalisée par deux dentistes a montré que le piercing de la langue, des lèvres et des joues est susceptible de provoquer des troubles de la parole et des infections. En outre, les personnes percées risquent de se casser ou de se fêler les dents et d’obstruer leurs voies respiratoires si elles inhalent les boucles d’oreilles dans leurs poumons (Price et Lewis). Une étude menée à Rome auprès de personnes ayant des piercings buccaux a montré que 42 % d’entre elles présentaient des signes de gingivite, 20 % avaient des récessions de la gencive de 3 à 4 mm et 22 % avaient des dents fêlées à cause du piercing (Covello et al.). « La plupart des organisations professionnelles médicales et dentaires sont fermement opposées au piercing de la langue » (Messahel et Musgrove, p. 11).
- En Angleterre, parmi les jeunes âgés de 16 à 24 ans qui ont subi un piercing, 31 % ont signalé des complications et 15 % ont dû consulter un professionnel. « Près d’un piercing sur 100 dans cette tranche d’âge a entraîné une hospitalisation » (Bone et al.).
- Le « pistolet » utilisé pour le piercing ne peut pas être désinfecté, ce qui entraîne un risque de transmission de l’hépatite et d’autres infections (Samantha et al. ; Schorzman ; Messahel et Musgrove).
- Le VIH peut être transmis par des aiguilles non stériles (Samantha et al. ; Pugatch et al. ; Covello et a.l).
- Les perceurs sont faiblement surveillés, voire pas du tout, et beaucoup d’entre eux ne prennent pas les précautions minimales.
À la lumière de ces études, il serait souhaitable d’éviter tout type de piercing corporel, conformément au principe selon lequel « un corps sain et entier est l’œuvre de Dieu ». Cependant, il existe un principe talmudique bien connu selon lequel « on ne peut imposer une règle à la population que si la majorité de celle-ci peut la supporter» (Bava Batra 60b et parallèles). Il serait très difficile d’interdire totalement le piercing, car il est pratiqué par jusqu’à 51 % de la population dans les pays développés (Schorzman) et le piercing corporel dans des parties du corps autres que les oreilles est pratiqué par 14 % des Américains âgés de 18 à 50 ans (Halloran) et 10 % des Anglais âgés de 16 ans et plus (Bone et al.).
Par conséquent, si après mûre réflexion et examen des risques, une personne décide tout de même de se faire percer le corps, elle doit prendre des précautions telles que celles recommandées par l’Académie américaine de dermatologie en 2014 (Halloran ; les points 5 et 6 sont tirés d’Armstrong, p. 238 et Muldoon, p. 299) :
- Un autoclave doit être utilisé pour stériliser tout le matériel non jetable.
- Des aiguilles stériles ou jetables doivent être utilisées pour tous les piercings.
- Le perceur doit se laver les mains et utiliser une paire de gants chirurgicaux nouvelle pour chaque intervention.
- Il convient d’utiliser des bijoux hypoallergéniques en acier inoxydable de qualité chirurgicale, en titane, en or 14 ou 18 carats ou en niobium, en particulier pour les premiers piercings.
- La zone à percer doit être nettoyée avant le piercing avec un savon antibactérien.
- Le trou doit être nettoyé deux fois par jour, mais pas avec de l’alcool.
- VI) Résumé et halakha pratique
- En général, il est permis de percer les oreilles et le nez, conformément à tous les précédents cités ci-dessus.
- Si les parents s’opposent au piercing, les enfants et les adolescents doivent écouter leurs parents, conformément à la mitzvah de mora av va’em, « craindre son père et sa mère », comme expliqué ci-dessus.
- Le port d’anneaux génitaux par les adolescents et les célibataires n’est pas conforme aux valeurs juives de pudeur et ne doit pas être pratiqué.
- Tous les types de piercing comportent de nombreux risques médicaux. Si quelqu’un décide néanmoins de se faire percer le corps, il doit prendre les précautions énumérées ci-dessus afin de « se protéger et de protéger son âme ».
David Golinkin
Jérusalem
Tu B’av 5783
Notes
* Les abréviations dans les notes renvoient à la bibliographie ci-dessous. Cette réponse a été initialement rédigée en hébreu, approuvée par le Va’ad Halakhah de l’Assemblée rabbinique d’Israël en Eloul 5758, septembre 1998, et publiée dans The Responsa of the Vaad Halakhah of the Rabbinical Assembly of Israel 6 (5755-5759), pp. 241-252, également accessible sur responsafortoday.com. Il a été mis à jour dans cette traduction anglaise, en particulier le chapitre V concernant les complications médicales.
- Voir George Gray, International Critical Commentary to Isaiah 1-39, Édimbourg, 1912, p. 73 ; Amos Hakham, Da’at Mikra, Yishayahu, Jérusalem, 5744, p. 40 ; la nouvelle traduction JPS : « les boucles d’oreilles » ; Krauss, p. 318, qui interprète le mot selon le mot « שלמיני » dans Yerushalmi Shabbat, chapitre 6, fol. 8b ; et Hirschberg, p. 40. Mais cf. l’Entziklopedia Mikrait qui indique qu’« il n’y a aucune preuve que le mot désigne spécifiquement des boucles d’oreilles, car d’autres bijoux étaient également fabriqués sous forme de gouttes ».
- À première vue, les deux derniers exemples prouvent que seules les prostituées portaient des boucles d’oreilles et des anneaux de nez, mais il ressort clairement des autres sources qu’il s’agissait d’une coutume courante chez toutes les femmes.
- Voir, par exemple, Rubens, pp. 4, 66, 67, 72. Il convient de noter qu’il existe de nombreuses images de femmes portant des boucles d’oreilles en dehors de celles répertoriées dans l’index.
- Mais il est possible que le nezem ait été considéré comme un cadeau précieux, quelle que soit la personne qui le portait — voir Amos Hakham, Da’at Mikra, Iyov, Jérusalem, 5730, p. 332.
- Cf. Exode 21, 6 pour la loi concernant un esclave hébreu dont l’oreille a été percée par un poinçon, mais ce verset n’apporte pas beaucoup d’éclaircissements à notre sujet.
- Tosefta Shabbat 1, 8, éd. Lieberman, p. 2 : L’editio princeps et le MS Vienne ont la lecture « שבצוארו », tandis que les MSS Erfurt et Londres ont la lecture « שבאזנו » comme dans le Talmud babylonien. Cf. également la source parallèle dans Yerushalmi Shabbat 1, 3, fol. 3b, ainsi que Avot D’rabi Natan, version B, chapitre 21, éd. Schechter, p. 45.
- Apparemment, la Torah interdisait cette pratique parce qu’elle était associée au culte des idoles. Voir Maïmonide, Sefer Hamitzvot et Mishneh Torah cités ci-dessous et Moreh Nevukhim 3, 37 ; Entziklopedia Mikrait, vol. 9, col. 467 ; S.R. Driver, International Critical Commentary on Deuteronomy, troisième édition, Édimbourg, 1901, pp. 250-251 ; Harry Hoffner, JBL 85 (1966), pp. 326-334 ; W. H. Ph. Romer, dans : Travels in the World of the Old Testament, Assen, 1974, pp. 217-222 ; Theodor Gaster, Myth, Legend and Custom in the Old Testament, vol. I, Gloucester, Mass., 1981, pp. 316-318.
- Krauss, p. 307, était d’avis que le Tanna dans le midrach Tannaim (et dans le Sifrei Devarim) croyait que « תכשיט » signifiait « vêtements », mais cela semble peu probable étant donné que le mot « תכשיט » signifiant « bijoux » est très courant dans la littérature rabbinique.
- Et cf. Rabbi Chaim Wiener concernant les pantalons pour femmes dans les Responsa du Vaad Halakhah 4 (5750-5752), p. 59 (hébreu).
- Le rabbin Allen, dans sa réponse, soulève la question de savoir si le piercing corporel doit être interdit en raison de la havalah, l’automutilation, car selon l’opinion de la plupart des poskim, une personne n’est pas autorisée à se blesser. Voir michna Bava Kama 8, 6 ; Tosefta Bava Kama 9, 31, éd. Lieberman, p. 49 ; Bavli Bava Kama 91a-b ; Entziklopedia Talmudit, s.v. Hovel, vol. 12, col. 681-682 ; et ce que j’ai écrit dans les Responsa du Va’ad Halakhah (ci-dessus, note 9), p. 43. De plus, la michna interdit à une personne de demander à une autre personne de la blesser (Bava Kama 8, 7). Il répond qu’il ressort clairement des sources ci-dessus que les Sages ne considéraient pas le perçage des oreilles et du nez comme une automutilation et qu’il ne devait donc pas être interdit pour cette raison. On peut ajouter que la havalah est généralement un coup porté dans un accès de colère dans le but de blesser, alors que le perçage est effectué calmement dans le but d’embellir son corps. Cf. Rabbi Greenblatt qui statue également que le perçage n’est pas une havalah, et Rabbi Avraham Steinberg, Entziklopedia Hilkhatit Refuit, vol. 4, Jérusalem, 5754, col. 607 dans une discussion sur la chirurgie plastique esthétique.
- Le Rif, Kiddushin 31b, éd. Vilna, fol. 13a ; Rambam, Hilkhot Mamrim 6, 3 ; le Rosh, Kiddushin, chapitre 1, paragraphe 50 ; le Meiri, Kiddushin, éd. Sofer, p. 184 ; Piskei Harid, Kiddushin, éd. Liss, Jérusalem, 5737, col. 324.
- La citation est tirée de Tur Yoreh Deah 240, et cf. Kesef Mishneh au Rambam, ibid., pour une citation similaire.
- Pour plus de détails sur la vie du rabbin Hananel, fils du rabbin Shmuel, voir Yitzhak Sona, Rabbeinu Hananel b”r Shmuel Al Harif L’massekhet Kiddushin, Jérusalem, 5735, pp. 5-25 ; S.D. Goitein, Tarbitz 50 (5741), pp. 371-395 ; Yosef Yinon (Fenton), ibid., 55 (5746), pp. 77-107.
- Ses paroles sont citées dans le Sefer Hamitzvot de Maïmonide, éd. Rabbi Chaim Heller, Jérusalem, 5706, p. 88, note 5. Pour une discussion sur la question de savoir si kibud av va’em, honorer son père et sa mère, s’applique à quelque chose qui ne profite pas aux parents, voir ibid. ; une réponse du rabbin Ovadiah Yosef, citée par son fils, le rabbin Yitzhak Yosef, Sefer Hilkhot Kibbud Av Va’em, Jérusalem, 5750, pp. 24-25 dans la note 8 ; et Gerald Blidstein, Honor Thy Father and Mother, New York, 1975, pp. 83-84 et p. 196, note 27.
- Ce phénomène est mentionné dans la plupart des articles répertoriés dans la bibliographie, section 3. Bone et al, qui ont interrogé plus de 10 000 adultes âgés de 16 ans ou plus, fournissent des statistiques précises par partie du corps (tableau 2).
- C’est ce que j’en ai conclu, sur la base de l’importante discussion de Hirschberg, p. 41, notes 3-5. Cf. le passage talmudique parallèle dans Yerushalmi Shabbat 8, 4, fol. 8b.
- C’est ce que m’a dit le rabbin David Lazar, qui l’a entendu de nombreux adolescents, et c’est ce qu’Armstrong a écrit, p. 237, sur la base de deux études antérieures.
- Voir Brown, Driver, Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, 1907, p. 484, s.v. כמז ; Entziklopedia Mikrait, vol. 8, col. 548 ; N.H. Snaith, Leviticus and Numbers, Londres, 1967, p. 329. Eliezer Ben-Yehudah, Milon Halashon Ha’ivrit, vol. 3, New York et Londres, 1960, p. 2288, notes 2-3, souligne que l’origine et la signification exacte du mot sont inconnues.
- Voir un bon résumé du rabbin Chaim Wiener (ci-dessus, note 9), pp. 54-57.
- Yevamot 34b et Tosafot, ibid., s.v. v’lo ; Nedarim 20a-b ; Rambam, Hilkhot Issurei Biah 21:9 ; Tur Even Ha’ezer, début du paragraphe 25 ; Shulhan Arukh, ibid., 25, 2 dans le Rema ; Rabbi Michael Gold, Does God Belong in the Bedroom?, Philadelphie et Jérusalem, 1992, pp. 81-83.
- Voir Rabbi Pesach Schindler dans les Responsa du Va’ad Halakhah (ci-dessus, note 9), pp. 81-90.
- Cette section est jusqu’ici un résumé de ce que j’ai écrit ibid., pp. 41-42. Et cf. ma récente réponse concernant les vaccinations dans David Golinkin, Responsa in a Moment, vol. V, Jérusalem, 2021, pp. 260-262.
- Voir les Responsa du Va’ad Halakhah (ci-dessus, note 9), pp. 37-52.
- Voir toutes les études médicales répertoriées dans la bibliographie ci-dessous, section 3. Les articles les plus complets sont ceux de Samantha et al. et Bone et al.
Bibliographie
- Responsa
Rabbi Wayne Allen, « Body Piercing », Update 9 (1998), pp. 5-11, 16-17 = idem, Perspectives on Jewish Law and Contemporary Issues, Jérusalem, 2009, pp. 223-228, 219-220
Rabbi Elliot Dorff, Matters of Life and Death: A Jewish Approach to Modern Medical Ethics, Philadelphie et Jérusalem, 1998, pp. 267-270
Rabbi Ephraim Greenblatt, dans : Rabbi Marc Shapiro, éditeur, Igrot Malkhei Rabbanan, Scranton, 5779, n° 81 = Responsa Rivevot Ephraim, partie 5, n° 526
Rabbi Walter Jacob, Contemporary American Reform Responsa, New York, 1987, n° 76
Rabbin Alan Lucas, « Tattooing and Body Piercing », dans : Rabbins Kassel Abelson et David Fine, éd., Responsa 1991-2000, New York, 2002, pp. 115-120 (également disponible sur rabbinicalassembly.org, CJLS, YD 180.1997)
Rabbi Mark Washofsky, « Tattooing, Body Piercing and Jewish Tradition », Reform Responsa for the Twenty-First Century, Sh’eilot Ut’shuvot, Volume 1 (1996-1999), New York, 2010, pp. 357-364 (également disponible sur ccarnet.org, NYP n° 5759.4)
- L’utilisation des bijoux par les Juifs à travers les générations
Entziklopedia Mikrait, vol. 8, col. 547-548, s.v. takhshitim
A.Sh.Hirshberg, «Yofya v’hityaputah shel haishah biyemei hatalmud», He’atid 4 (5672/1912), pp. 40-41
Shmuel Krauss, Kadmoniot Hatalmud, 2, 2, Tel Aviv, 5705, pp. 318-319
Julius Preuss, Biblical and Talmudic Medicine, New York, 1978, p. 78
Alfred Rubens, A History of Jewish Costume, édition augmentée, Londres, 1973
- Littérature médicale
Myrna Armstrong, « You Pierced What? », Pediatric Nursing 22/3 (mai-juin 1996), pp. 236-238
Angie Bone, Fortune Ncube, Tom Nichols, Norman Noah, « Body Piercing in England… », The BMJ 2008;336:1426 (19 juin 2008), à l’adresse : www.bmj.com (enquête approfondie menée auprès de plus de 10 500 personnes en Angleterre en 2005)
Francesco Covello et al, « Piercing and Oral Health… », International Journal of Environmental Research and Public Health 2020, 17, 613, à l’adresse : www.mdpi.com
Anthony Diangelis, « The Lingual Barbell: A New Etiology for the Cracked-Tooth Syndrome », Journal of the American Dental Association 128/10 (octobre 1997), pp. 1438-1439
Elsie Goicochea, Body Piercing and Health Complications Among College Students in Puerto Rico, thèse de doctorat, Walden University, 2017, pp. 12-24
Laurel Halloran, « Body Piercing: Avoiding Complications », The Journal for Nurse Practitioners — JNP 11/1 (janvier 2015), pp. 142-143
Ahmed Messahel, Brian Musgrove, « Infective Complications of Tattooing and Skin Piercing », Journal of Infection and Public Health 2 (2009), pp. 7-13
Kelley Muldoon, « Body Piercing in Adolescents », Journal of Pediatric Health Care 11/6 (novembre-décembre 1997), pp. 298-301
Sheila Price et Maurice Lewis, « Body Piercing Involving Oral Sites », Journal of the American Dental Association 128/7 (juillet 1997), pp. 1017-1020
David Pugatch, Maria Mileno et Josiah Rich, « Possible Transmission of HIV Type 1 from Body Piercing », Clinical Infectious Diseases 26/3 (mars 1998), pp. 767-768
Samantha, M. Tweeten et Leland Rickman, « Infectious Complications of Body Piercing », Clinical Infectious Diseases 26/3 (mars 1998), pp. 735-740 (article complet avec 82 notes de bas de page)
Cindy Schorzman, « Common Complications Involved in Body Piercing », Wounds International 1/5 (juin 1999), à l’adresse : www.ncbi.nlm.nih.gov
(non traduit)
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Le rabbin David Golinkin est né et a grandi à Arlington, en Virginie. Il a fait son alya en 1972 et a obtenu une licence en histoire juive et deux certificats d’enseignement à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il a obtenu une maîtrise de rabbin et un doctorat en Talmud au Jewish Theological Seminary of America, où il a également été ordonné rabbin.
Le professeur Golinkin est président émérite des Schechter Institutes, Inc. et président émérite du Schechter Institute of Jewish Studies à Jérusalem, où il est également professeur de Talmud et de droit juif. Pendant vingt ans, il a présidé le Va’ad Halakhah (comité juridique) de l’Assemblée rabbinique, qui rédige des responsa et donne des conseils halakhiques au mouvement Massorti en Israël. Il est le fondateur et le directeur de l’Institut de halakha appliquée du Schechter Institute, dont l’objectif est de publier une bibliothèque de littérature halakhique pour les Juifs du monde entier. Il est directeur du Centre pour les femmes dans le droit juif du Schechter Institute, dont l’objectif est de publier des responsa et des livres écrits par et sur les femmes dans le droit juif. Il est également fondateur et directeur du midrach Project à Schechter, dont l’objectif est de publier une série d’éditions critiques de midrachim.
En juin 2014, le rabbin Golinkin a été désigné par le Jerusalem Post comme l’un des 50 Juifs les plus influents au monde. En mai 2019, il a reçu un doctorat honorifique du Jewish Theological Seminary. En novembre 2022, il a reçu le prix Nefesh B’Nefesh Bonei Zion pour sa contribution à la société israélienne dans le domaine de l’éducation.
Le professeur Golinkin est l’auteur ou l’éditeur de 65 ouvrages traitant du droit juif, du Talmud, du midrach et de la prière, ainsi que de centaines d’articles, de responsa et de sermons.
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Question : Le piercing est-il autorisé selon la loi juive ?
En l’honneur du professeur Elliot Dorff
Rabbin, enseignant, mensch
À l’occasion de son passage à l’âge de Gevourot.
Puisse-t-il continuer à apprendre, à enseigner et à agir
Ad me’ah v’esrim.
Question : Le piercing est-il autorisé selon la loi juive ?
Réponse : Par souci de clarté, je diviserai ma réponse en six chapitres :
À l’époque biblique, les filles et les femmes portaient des boucles d’oreilles et/ou des anneaux dans le nez, comme le montrent les sources suivantes. Le mot hébreu fréquemment utilisé est nezem, qui peut signifier boucle d’oreille ou anneau nasal, selon le contexte.
À l’époque de la Michna et du Talmud, on supposait également que les filles et les femmes portaient des boucles d’oreilles et des anneaux au nez. Voici quelques-unes des sources sur le sujet, rassemblées par A. Sh. Hirschberg et Samuel Krauss :
Enfin, au Moyen Âge et à l’époque moderne, les femmes juives portaient également des boucles d’oreilles, comme en témoignent de nombreuses illustrations. (3)
Nous avons donc vu que les femmes et les filles juives ont toujours percé leurs oreilles et leur nez et porté des boucles d’oreilles et des anneaux de nez depuis l’époque biblique jusqu’à aujourd’hui, et personne n’a tenté de l’interdire.
En ce qui concerne les garçons et les hommes, la question est un peu plus complexe, mais après une étude attentive, il s’avère que c’est également permis. L’Exode 32, 2-3 cité ci-dessus implique que les garçons et les hommes portaient également des boucles d’oreilles à l’époque biblique. Il ressort clairement du verset 2 que les garçons portaient des boucles d’oreilles en or, tandis que le verset 3 indique que les hommes portaient également des boucles d’oreilles, d’où l’expression « tous/tout le peuple ».
Cela est également suggéré à la fin du livre de Job (42, 11). Il y est rapporté que tous les frères, sœurs et connaissances de Job vinrent le réconforter « et chacun lui donna une kesitah, et chacun un nezem d’or » nezem, ce qui implique que Job portait des boucles d’oreilles ou des anneaux dans le nez. (4)
D’autre part, une source biblique laisse entendre que les hommes israélites ne portaient pas de nezamim. On lit cela dans Juges 8, 24-26 :
« Toutefois, ajouta Gédéon, je voudrais vous demander une chose : donnez-moi chacun les boucles prises aux ennemis ». En effet; ceux-ci avaient des boucles d’or, étant Ismaélites… Et chacun (y) jeta les boucles de son butin… indépendamment des croissants et des netifot [pendants d’oreilles avec des perles, comme ci-dessus]… que portaient les rois de Madian…
En d’autres termes, les Madianites, appelés « Ismaélites » (au sens de peuples nomades du désert, cf. Genèse 37, 25-36), portaient des boucles d’or et des netifot, contrairement aux enfants d’Israël qui n’en portaient pas.
On ne prend généralement pas de décisions halakhiques sur la base de la Bible, mais nous avons néanmoins appris qu’il est prouvé que les hommes portaient effectivement des boucles d’oreilles à l’époque biblique. (5)
Une source semble indiquer que certains hommes se perçaient les oreilles pendant la période tannaïtique :
Comme nous l’avons appris dans une Baraita : un tailleur ne peut pas sortir [le jour du Chabbat] avec son aiguille plantée dans son vêtement, ni un charpentier avec une pépite dans l’oreille… (Chabbat 11b).
Cependant, cette source est incertaine, car dans deux versions du passage parallèle de la Tossefta, il est dit : « ni un charpentier avec une pépite autour du cou ». (6)
D’autre part, pendant la période des Tannaim, certains sages ont tenté d’interdire aux hommes de porter des bijoux féminins, et c’est peut-être pour cette raison que nous devrions l’interdire dans notre étude. Nous avons appris dans le Sifrei Devarim (paragraphe 226, éd. Finkelstein, p. 258 ; cf. Midrach Tannaim sur Deut. 22, 5, p. 134):
« Un homme ne portera point un vêtement de femme » (7)… c’est pourquoi il est dit toevah [= abomination], quelque chose qui conduit à l’abomination — c’est une règle générale : une femme ne doit pas s’habiller comme un homme et se mêler aux hommes, et un homme ne doit pas se parer de bijoux féminins et se mêler aux femmes… (8)
Il convient toutefois de souligner que le Tannah s’oppose spécifiquement aux « bijoux de femmes », alors que nous avons affaire ici à des bijoux unisexes portés aussi bien par les hommes que par les femmes. Quoi qu’il en soit, cette opinion n’a pas été acceptée comme halakha. Dans la Baraita parallèle (Nazir 59a), il n’est pas fait mention de « bijoux de femmes ».
En effet, les principaux poskim [= autorités halakhiques] ont statué conformément au Nazir et non conformément au Sifrei Devarim.
De plus, ils ont souligné que ces interdictions sont déterminées par les mœurs sociales de l’époque et du lieu. (9) Et d’ailleurs Maïmonide l’écrit dans son Sefer Hamitsvot (Négatif, n° 40) : « et tout homme qui se pare ou porte ce qui est considéré en ce lieu comme étant réservé aux femmes – reçoit des coups de fouet [pour avoir transgressé un commandement négatif] ». Et ainsi a statué Maïmonide dans ses Lois sur l’idolâtrie 12, 10 : « Et un homme ne doit pas se parer des ornements des femmes, tels que des vêtements colorés et des ornements en or, dans un lieu où seules les femmes portent ces vêtements et ces ornements — tout doit être en conformité avec la coutume locale ».
Et ainsi en a décidé le Tur (Yoreh De’ah 182) : « Une femme ne doit pas porter de vêtements qui sont réservés aux hommes selon la coutume locale.» Le rabbin Yosef Karo a cité mot pour mot le Michne Torah (loc. cit.) dans Yoreh Deah 182:5 (à l’exception des trois derniers mots).
Ainsi, nous avons appris que les garçons et les hommes portaient des boucles d’oreilles à l’époque biblique. À l’époque tannaïtique, certains sages ont tenté d’interdire aux hommes de porter des bijoux féminins, mais cette opinion n’a pas été citée dans le Talmud babylonien. Par la suite, les principaux poskim ont mis l’accent sur l’aspect sociologique de la question et ont interdit les bijoux aux hommes uniquement si ces mêmes bijoux étaient destinés à être portés par les femmes à telle époque et en tel endroit. Comme il est aujourd’hui d’usage que les femmes et les hommes portent des boucles d’oreilles et des anneaux dans le nez, il n’y a pas d’interdiction générale, car en cette matière « tout doit être en conformité avec la coutume locale ». (10)
III) Mora Av Va’em – Craindre son père et sa mère
Il nous est commandé dans Lévitique 19, 3 : « Révérez, chacun, votre mère et votre père », et les Sages ont expliqué (Kiddouchin 31b en bas et parallèles) : « Nos Sages ont enseigné [dans une Baraita] : qu’est-ce que la crainte ? Aussi, il ne contredit pas ses paroles, et il ne fait pas pencher la balance (makhrio) ». Il existe différentes approches de la signification de l’expression « aussi, il ne contredit pas ses paroles ». De nombreux Richonim [autorités médiévales, vers 1000-1550] et poskim citent cette expression sans l’expliquer. (11) Rachi n’a pas expliqué cette expression, mais a interprété l’expression adjacente : « Et ne fais pas makhrio – si son père et un autre sage sont en désaccord sur une question halakhique, il ne doit pas dire « l’opinion de ploni semble correcte » ». Rabbi Meir Halevi Abulafia (Haramah, Espagne, 1165-1244) a réagi : « Ceci est inutile, car cela revient à dire « il contredit ses paroles », car même s’il est d’accord avec son père, il ne doit pas dire « je suis d’accord avec les paroles d’Abba », car il semble faire pencher la balance en faveur de son père (makhria). S’il peut répondre à ceux qui ne sont pas d’accord, qu’il parle. (12)
En d’autres termes, selon le Ramah, ces deux expressions traitent de controverses halakhiques. « Le contredire » signifie être d’accord avec l’adversaire de son père ; makhrio signifie faire pencher la balance en faveur de son père. Cependant, avec tout le respect qui lui est dû, rien dans la Baraita n’indique qu’il s’agit de controverses halakhiques.
Selon son sens littéral, l’expression « Aussi, il ne contredit pas ses paroles » fait référence à tout type de contradiction. C’est d’ailleurs ainsi que Rabbi Hananel, fils de Rabbi Shmuel, gendre de Maïmonide (Égypte, XIIe-XIIIe siècles)(13), a expliqué cette expression (Commentaire sur Kiddouchin, éd. Blau, New York, 5730, p. 256) : « Aussi, il contredit ses paroles : dans les affaires matérielles ». Une interprétation similaire a été donnée par Rabbi Pinchas Halevi Horowitz (Francfort, 1730-1805) dans son Sefer Hamakneh sur le traité Kiddouchin : « Il semble que tout ce que son père lui demande de faire — même s’il s’agit d’une chose dont il ne tire aucun bénéfice et qui n’est pas impliquée par « révère [ton père] » — même ainsi, si le fils n’en subit aucune perte [financière], cela est compris dans la crainte [=mora], car s’il ne lui obéit pas, il est tel celui qui contredit ses paroles, or il doit l’écouter ». (14)
Le commandement de mora av va’em, qui consiste à craindre son père et sa mère, s’applique bien sûr en tout temps, mais il mérite d’être mentionné dans notre contexte, car de nos jours, cette question spécifique est source de nombreuses tensions et conflits entre les parents et leurs enfants, en particulier lorsqu’il s’agit de se faire percer des parties inhabituelles du corps (voir ci-dessous). Ainsi, les enfants et les adolescents qui souhaitent se faire percer le corps ne doivent seulement le faire selon leur volonté, ils doivent aussi tenir compte de celle de leurs parents. Si leurs parents s’y opposent, ils doivent leur obéir afin de respecter le commandement de mora av va’em, tel qu’il est interprété par les commentateurs ci-dessus.
Ces dernières années, on observe une tendance croissante à porter des boucles d’oreilles dans de nombreuses parties du corps autres que le nez et les oreilles, notamment : les sourcils, les yeux, les lèvres, les joues, la langue, le nombril, les mamelons et toutes les parties des organes génitaux. (15)
À première vue, il existe un précédent pour les bijoux sur les mamelons et l’utérus. On lit dans Nombres 31, 50 (et cf. Exode 35, 22) : « Nous apportons donc en hommage à l’Éternel ce que chacun de nous a trouvé de joyaux d’or, chaînettes, bracelets, bagues, des anneaux, des agil et des koumaz, pour racheter nos personnes devant l’Éternel ».
Le Talmud a tenté d’expliquer ces deux mots dans Chabbat 64a : « Rabbi Elazar a dit : agil est un defuss [= forme, moule] de mamelons, koumaz est un defuss de l’utérus ». Rachi explique la deuxième phrase dans son commentaire sur le chapitre parallèle dans Berakhot 24a, s.v. takhchitin chebifnim : «Koumaz — un moule de l’utérus qu’ils fabriquaient pour leurs filles, et ils perçaient les parois de l’utérus comme on perce les oreilles et l’inséraient afin que les hommes n’aient pas de relations avec elles ».
En d’autres termes, selon Rachi, koumaz signifie « ceinture de chasteté », et Rabbah y fait allusion plus loin dans la sugya dans Chabbat, en utilisant un notarikon : « KuMaZ – Kan Mekom Zima », voici un lieu de débauche ».
Cependant, ces sources ne peuvent constituer un précédent pour permettre aujourd’hui le piercing des organes génitaux, et ce pour quatre raisons :
Quoi qu’il en soit, la pudeur est l’une des valeurs suprêmes du judaïsme, c’est pourquoi nos Sages ont cherché à prévenir les « pensées pécheresses » en se basant sur le verset « Que nul de vous n’approche d’aucune parente, pour en découvrir la nudité » (Lévitique 18, 6). (19)
De nos jours, le piercing des organes génitaux découle, comme nous l’avons vu, d’un désir d’augmenter le plaisir sexuel. En effet, les couples mariés sont autorisés à profiter des relations sexuelles de différentes manières (20), mais aujourd’hui, la plupart des jeunes et des adolescents qui se font percer les organes génitaux ne sont pas mariés et le Va’ad Halakhah [= Comité de la loi] de l’Assemblée rabbinique d’Israël s’est opposé aux relations sexuelles avant le mariage (21). Par conséquent, les anneaux dans les organes génitaux des célibataires et des adolescents sont incompatibles avec les valeurs juives de pudeur et ne devraient pas être portés.
Au chapitre 4 de son Hilkhot Deot dans son Michne Torah, Maïmonide dresse une longue liste de choses qu’une personne doit faire pour rester en bonne santé. La plupart d’entre elles sont tirées de la littérature talmudique, mais certaines sont sans aucun doute issues de l’expérience de Maïmonide en tant que médecin. Dans la Halakha 1, il explique le principe directeur du chapitre :
Puisque la santé et l’intégrité du corps font partie des voies de Dieu, car il est impossible de comprendre ou de connaître quoi que ce soit de la connaissance du Créateur si l’on est malade, il faut donc s’éloigner de tout ce qui détruit le corps et s’habituer à tout ce qui le guérit. Et voici ce qu’il faut faire : une personne ne doit jamais manger sauf lorsqu’elle a faim, elle ne doit pas boire sauf lorsqu’elle a soif, et elle ne doit pas se retenir d’uriner, même un instant…
Outre l’avertissement de Maïmonide, il existe un autre concept halakhique important qui met en garde contre les dangers physiques. Il est dit dans le Deutéronome (4, 9) : « Mais aussi garde-toi et évite avec soin pour ton salut (…) » et encore (4, 15) : « Prenez donc bien garde à vous-même !(…) ». Selon le sens simple, ces versets mettent en garde contre l’oubli de la Torah (v. 9) et contre l’idolâtrie (v. 15), mais nos Sages les ont intégrés dans un passage aggadique [non juridique] qui traite du danger physique afin de dire : les Juifs doivent protéger leur santé physique (Berakhot 32b, en bas).
Maïmonide voyait également dans ces versets une mise en garde contre les dangers physiques. Après avoir recommandé de couvrir les fosses ouvertes et autres équivalents, il poursuit (Hilkhot Rotzeah Ushemirat Hanefesh 11, 4) : « De même, tout obstacle susceptible de causer la mort doit être éliminé, il faut s’en prémunir et être très, très prudent, comme il est dit : « Mais aussi garde-toi et évite avec soin pour ton salut (…)» (Deut. 4, 9) ». Cette règle a ensuite été reprise par le Choulkhan Aroukh (Hoshen Mishpat 427, 8).
De même, nos Sages ont interdit de nombreuses choses en raison du danger qu’elles représentent, notamment mettre des pièces de monnaie dans la bouche de peur qu’elles ne soient recouvertes de salive séchée provenant de personnes atteintes de furoncles ou de lèpre (Maïmonide, ibid., 11, 4 – 12, 6). De plus, Maïmonide (ibid., 12, 6), Rabbi Yosef Karo (Hochen Michpat 427, 10) et Rabbi Moshe Isserles (le Rema, Yoreh De’ah 116, 5 à la fin) ont souligné qu’il ne s’agit là que d’exemples et qu’il faut se méfier de « tous les dangers similaires » (Maïmonide). (22)
En effet, nous avons prouvé ailleurs que fumer est interdit parce que c’est un risque certain qui nuit à tous les fumeurs et à toutes les personnes qui se trouvent à proximité. (23) Le piercing corporel, en revanche, ne constitue pas un risque certain qui nuirait à tous ceux qui se font percer le corps et ne peut donc être interdit purement et simplement en raison du danger qu’il représente. Néanmoins, des études médicales montrent que le piercing corporel comporte un certain nombre de risques et de complications médicales : (24)
À la lumière de ces études, il serait souhaitable d’éviter tout type de piercing corporel, conformément au principe selon lequel « un corps sain et entier est l’œuvre de Dieu ». Cependant, il existe un principe talmudique bien connu selon lequel « on ne peut imposer une règle à la population que si la majorité de celle-ci peut la supporter» (Bava Batra 60b et parallèles). Il serait très difficile d’interdire totalement le piercing, car il est pratiqué par jusqu’à 51 % de la population dans les pays développés (Schorzman) et le piercing corporel dans des parties du corps autres que les oreilles est pratiqué par 14 % des Américains âgés de 18 à 50 ans (Halloran) et 10 % des Anglais âgés de 16 ans et plus (Bone et al.).
Par conséquent, si après mûre réflexion et examen des risques, une personne décide tout de même de se faire percer le corps, elle doit prendre des précautions telles que celles recommandées par l’Académie américaine de dermatologie en 2014 (Halloran ; les points 5 et 6 sont tirés d’Armstrong, p. 238 et Muldoon, p. 299) :
David Golinkin
Jérusalem
Tu B’av 5783
Notes
* Les abréviations dans les notes renvoient à la bibliographie ci-dessous. Cette réponse a été initialement rédigée en hébreu, approuvée par le Va’ad Halakhah de l’Assemblée rabbinique d’Israël en Eloul 5758, septembre 1998, et publiée dans The Responsa of the Vaad Halakhah of the Rabbinical Assembly of Israel 6 (5755-5759), pp. 241-252, également accessible sur responsafortoday.com. Il a été mis à jour dans cette traduction anglaise, en particulier le chapitre V concernant les complications médicales.
Bibliographie
Rabbi Wayne Allen, « Body Piercing », Update 9 (1998), pp. 5-11, 16-17 = idem, Perspectives on Jewish Law and Contemporary Issues, Jérusalem, 2009, pp. 223-228, 219-220
Rabbi Elliot Dorff, Matters of Life and Death: A Jewish Approach to Modern Medical Ethics, Philadelphie et Jérusalem, 1998, pp. 267-270
Rabbi Ephraim Greenblatt, dans : Rabbi Marc Shapiro, éditeur, Igrot Malkhei Rabbanan, Scranton, 5779, n° 81 = Responsa Rivevot Ephraim, partie 5, n° 526
Rabbi Walter Jacob, Contemporary American Reform Responsa, New York, 1987, n° 76
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(non traduit)
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Le rabbin David Golinkin est né et a grandi à Arlington, en Virginie. Il a fait son alya en 1972 et a obtenu une licence en histoire juive et deux certificats d’enseignement à l’Université hébraïque de Jérusalem. Il a obtenu une maîtrise de rabbin et un doctorat en Talmud au Jewish Theological Seminary of America, où il a également été ordonné rabbin.
Le professeur Golinkin est président émérite des Schechter Institutes, Inc. et président émérite du Schechter Institute of Jewish Studies à Jérusalem, où il est également professeur de Talmud et de droit juif. Pendant vingt ans, il a présidé le Va’ad Halakhah (comité juridique) de l’Assemblée rabbinique, qui rédige des responsa et donne des conseils halakhiques au mouvement Massorti en Israël. Il est le fondateur et le directeur de l’Institut de halakha appliquée du Schechter Institute, dont l’objectif est de publier une bibliothèque de littérature halakhique pour les Juifs du monde entier. Il est directeur du Centre pour les femmes dans le droit juif du Schechter Institute, dont l’objectif est de publier des responsa et des livres écrits par et sur les femmes dans le droit juif. Il est également fondateur et directeur du midrach Project à Schechter, dont l’objectif est de publier une série d’éditions critiques de midrachim.
En juin 2014, le rabbin Golinkin a été désigné par le Jerusalem Post comme l’un des 50 Juifs les plus influents au monde. En mai 2019, il a reçu un doctorat honorifique du Jewish Theological Seminary. En novembre 2022, il a reçu le prix Nefesh B’Nefesh Bonei Zion pour sa contribution à la société israélienne dans le domaine de l’éducation.
Le professeur Golinkin est l’auteur ou l’éditeur de 65 ouvrages traitant du droit juif, du Talmud, du midrach et de la prière, ainsi que de centaines d’articles, de responsa et de sermons.
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