Ticha BeAv: les vestiges de la destruction au pied du Mur occidental

Doron Bar

Nous nous trouvons au Centre Davidson, dans la Vieille Ville de Jérusalem. S’élevant à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de nous se dresse le mur occidental de l’esplanade du Temple. Il s’agit des vestiges du Second Temple de Jérusalem, édifié une première fois par les Juifs revenus à Sion au VIe siècle avant notre ère, puis rénové par le roi Hérode au Ier siècle avant notre ère.

Je me tiens au milieu d’une ancienne rue de Jérusalem, autrefois empruntée aussi bien par les habitants de la ville que par les nombreux pèlerins qui se rendaient à Jérusalem à cette époque afin d’accomplir le commandement du pèlerinage au Temple. Ils parcouraient des centaines, voire des milliers de kilomètres pour parvenir jusqu’ici, venant de contrées lointaines telles que la Babylonie, l’Afrique du Nord, la Syrie ou l’Asie Mineure, afin d’offrir des sacrifices à Jérusalem.

Le spectacle le plus impressionnant de ce site archéologique est sans aucun doute l’immense amas de pierres effondrées qui repose sur la rue antique. À l’origine, ce monceau de blocs gigantesques recouvrait toute la rue. Il fut décidé d’en laisser au moins une partie sur place, afin de témoigner de la violence de la terrible destruction que Jérusalem connut en l’an 70 de notre ère, lors de la conquête romaine.

Jusqu’au déclenchement de la Grande Révolte contre les Romains, en l’an 67 de notre ère, Jérusalem bénéficia d’une période de croissance et de prospérité sans précédent. La ville ne cessait de s’étendre. Trois enceintes fortifiées furent construites. Un impressionnant réseau d’aqueducs assurait son approvisionnement en eau. Elle abritait des palais et de magnifiques demeures. Mais le joyau de la couronne, le principal centre d’attraction de la ville, était le Temple, qui attirait un très grand nombre de pèlerins.

Les Romains arrivèrent à Jérusalem en l’an 70 afin de mettre fin à la révolte qui avait éclaté quelques années auparavant. Des dizaines de milliers de soldats convergèrent vers la ville de toutes parts. Le siège fut cruel et dévastateur. Flavius Josèphe, Yossef ben Matityahou, rapporte qu’au mois d’Av, les Romains pénétrèrent sur l’esplanade du Temple et incendièrent le sanctuaire. Titus ordonna à ses soldats de raser entièrement Jérusalem, au point que quiconque viendrait en ce lieu à l’avenir ne puisse même plus imaginer qu’une ville s’y était autrefois dressée.

Les témoignages archéologiques de la destruction de Jérusalem sont en effet à la fois clairs et abondants. Ils ont été mis au jour sur de nombreux sites de fouilles, notamment après 1967, lorsque les archéologues israéliens commencèrent à mener d’importantes excavations dans Jérusalem. C’est ainsi, par exemple, qu’une couche de destruction fut découverte sur chacun des sites fouillés par le professeur Nahman Avigad dans le quartier juif. L’exemple le plus célèbre est sans doute celui de la Maison brûlée, demeure de l’une des riches familles de Jérusalem, découverte sous une épaisse couche de cendres, à quelque six mètres au-dessous du niveau actuel de la rue.

Ce que nous avons devant nous constitue l’un des témoignages les plus manifestes et les plus bouleversants de cette destruction. Après avoir détruit et incendié le Temple, les soldats romains précipitèrent ces blocs gigantesques qui se trouvaient jusque-là au sommet du mur occidental. Ils les firent tomber les uns après les autres, jusqu’à ce qu’ils recouvrent entièrement la rue.

Les pierres demeurèrent en place jusqu’à ce que les archéologues israéliens commencent à dégager les ruines, après la guerre des Six Jours et la réunification de Jérusalem. Ils décidèrent de laisser au moins une partie de ces blocs là où ils avaient été retrouvés, sur la rue antique, afin de perpétuer le souvenir de la terrible destruction que Jérusalem subit en l’an 70 de notre ère.

A propos de l’auteur:

Doron Bar, ancien président et doyen de l’Institut Schechter d’études juives, est professeur d’études sur la Terre d’Israël. Il est titulaire d’un doctorat en géographie historique de l’Université hébraïque de Jérusalem.

Le professeur Bar consacre ses recherches au développement des lieux saints populaires et nationaux. Il est issu, à la septième génération, d’une famille de l’ancien Yichouv de Jérusalem.

Retrouvez ici l’article original paru sur le site de l’Institut Schechter à Jérusalem

 

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