Je chante dans un chœur de chambre à Jérusalem et, cette année, nous avons travaillé un chant populaire arrangé par Gustav Holst, The Blacksmith — « Le Forgeron » — ou, en hébreu, HaNappah.
Cette pièce fait partie d’un ensemble de six chants populaires anglais qu’il a arrangés. Tandis que la mélodie est chantée, les autres voix répètent un rythme de « kang, kang », destiné à imiter le bruit du marteau du forgeron frappant l’enclume.
C’est une chanson amusante et, lorsqu’elle est particulièrement bien interprétée, on peut presque imaginer le forgeron devant sa forge, la chaleur, le marteau, et l’objet qu’il — ou elle — est en train de façonner.
Lorsque j’ai lu la haftara qui accompagne la paracha de cette semaine, Reé, mon attention a donc immédiatement été attirée par ces paroles d’Isaïe (54, 16) :
« הֵן אָנֹכִי בָרָאתִי חָרָשׁ נֹפֵחַ בְּאֵשׁ פֶּחָם
וּמוֹצִיא כְלִי לְמַעֲשֵׂהוּ
וְאָנֹכִי בָרָאתִי מַשְׁחִית לְחַבֵּל. »
« C’est Moi qui ai créé le forgeron qui attise les charbons ardents et façonne l’outil destiné à son œuvre ; c’est Moi aussi qui ai créé le destructeur pour accomplir son œuvre de destruction. »
Cette haftara est la troisième des haftarot de consolation, l’une des sept haftarot lues entre Ticha BeAv, qui commémore la destruction du Temple, et Roch Hachana.
Après le deuil et la tristesse de Ticha BeAv, nous nous reconstruisons lentement, très lentement, semaine après semaine. Nous reconstruisons aussi notre relation avec Dieu, à l’approche du temps de la techouva, du retour et du repentir.
L’image juive du forgeron la plus célèbre se trouve probablement dans le magnifique poème liturgique de Yom Kippour, récité le soir de Kol Nidré : ki hiné ka-homer. Dans la troisième strophe, nous lisons :
כִּי הִנֵּה כַּגַּרְזֶן בְּיַד הֶחָרָשׁ
בִּרְצוֹתוֹ דִּבֵּק לָאוּר וּבִרְצוֹתוֹ פֵּרַשׁ
« Comme le fer entre les mains du forgeron,
qui, selon sa volonté, l’approche du feu ou l’en éloigne,
ainsi sommes-nous entre Tes mains, Toi qui soutiens le pauvre. »
Cette strophe est suivie du refrain LaBrit habet :
« Souviens-Toi de Ton alliance, ne prête pas attention à l’accusateur. »
Les images de ce piyyout suggèrent que les êtres humains sont malléables, soumis à la volonté de Dieu et impuissants devant Lui.
Dans l’image proposée par Isaïe, c’est le forgeron lui-même que Dieu a créé. Dieu crée également les outils dont le forgeron se sert.
Dans le Midrach Chemot Rabba, le forgeron est identifié à Betsalel, l’architecte du Michkan, le Tabernacle.
Selon le Midrach, cette création constitue un tikkoun, une réparation de la faute commise par les enfants d’Israël lorsqu’ils utilisèrent le feu pour fabriquer le veau d’or. En édifiant le Michkan, Betsalel vient guérir cette blessure.
Nous sommes donc en présence de trois images.
La première est celle de Betsalel comme créateur — ou, plus exactement, comme réparateur d’une faute et comme bâtisseur.
La deuxième est celle de Dieu comme Créateur du forgeron.
La troisième est celle des êtres humains comme matière première que l’on peut façonner.
Alors que nous nous éloignons de la tristesse liée à la destruction du Temple et que nous avançons, au cours de ces sept semaines, de la destruction vers le renouveau de la Création du monde et vers l’espérance de la délivrance, symbolisée par notre inscription dans le Livre de la vie, je vous invite à vous demander : où vous situez-vous sur cet éventail de la création?
Êtes-vous un créateur à l’image de Betsalel, contribuant à la créativité et au pouvoir de construire ?
Ou bien êtes-vous la matière première, malléable entre les mains du Créateur ?
Cette seconde image ne suggère pas seulement que nous nous abandonnions à la puissance créatrice de Dieu. Elle implique aussi que nous soyons disposés à nous faire petits, à nous incliner devant ce qui nous dépasse et ce qui est plus puissant que nous.
Le refrain du piyyout demande à Dieu de se souvenir de Son alliance. Par extension, il nous invite, nous aussi, à nous souvenir de notre propre relation avec Dieu et à réfléchir à sa signification.
Puisse la prochaine période d’introspection et de techouva apporter une véritable délivrance, pour nous-mêmes comme pour le monde qui nous entoure.
Article publié sur le site de l’Insitut Schechter
À propos de l’autrice:
Ilana Foss est ordonnée rabbin par le Jewish Theological Seminary, elle a exercé comme rabbin de communauté à Brockton, dans le Massachusetts, avant de faire son aliya. Ilana a également travaillé comme éducatrice au Nesiya Institute et au 92nd Street Y. Elle est titulaire d’une licence en études afro-américaines de l’Amherst College et vit à Jérusalem avec son mari et leurs trois enfants.


