Massorti en France

Découvrez la richesse du Mouvement Massorti en France

Le mouvement Massorti, également connu sous le nom de Conservative Judaism hors de France, est un courant du judaïsme contemporain qui cherche à concilier la fidélité à la Halakha (loi juive) avec une adaptation aux réalités modernes, suivant les principes de l’école historico-positive de Zacharias Frankel. En France, son développement est relativement récent par rapport à son essor aux États-Unis et en Israël, mais il a progressivement trouvé sa place dans un paysage juif dominé par le judaïsme consistorial orthodoxe et, dans une moindre mesure, le judaïsme libéral.

Origines et contexte (avant les années 1980) :

Le mouvement Massorti tire ses racines intellectuelles du séminaire rabbinique de Breslau, fondé par Zacharias Frankel en 1854 en Allemagne. Ce séminaire, qui formait des rabbins combinant érudition traditionnelle et méthodes critiques modernes, a influencé certains rabbins germanophones du Consistoire français au XIXe siècle, bien qu’aucun mouvement organisé n’ait émergé à l’époque en France. L’idée d’un judaïsme équilibrant tradition et modernité, prônée par Frankel, a posé les bases de ce qui deviendra le mouvement Massorti, mais son implantation en France a dû attendre un contexte socio-religieux favorable.

Avant les années 1980, le judaïsme français était largement dominé par le Consistoire, qui représentait une pratique orthodoxe, bien que parfois modérée, et par un petit courant libéral. Les Juifs français, majoritairement séfarades après les vagues d’immigration des années 1950–1960 en provenance d’Afrique du Nord (notamment du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie), étaient souvent attachés à des pratiques traditionnelles. Cependant, certains cherchaient une alternative à l’orthodoxie rigide du Consistoire et au judaïsme libéral, perçu comme trop éloigné de la Halakha. C’est dans ce contexte que le mouvement Massorti a commencé à émerger.

Émergence dans les années 1980 :

Le mouvement Massorti fait son apparition en France dans les années 1980, porté par une volonté de proposer un judaïsme à la fois traditionaliste et adapté à la société moderne. Contrairement aux États-Unis, où le mouvement s’est structuré dès le début du XXe siècle avec des institutions comme le Jewish Theological Seminary (JTS) sous la direction de Solomon Schechter, en France, il s’est développé de manière plus modeste, en réponse aux besoins d’un public cherchant un équilibre entre la rigueur halakhique et une approche pluraliste et égalitaire.

La première communauté Massorti significative en France est Adath Shalom, fondée à Paris dans le 15e arrondissement. Cette synagogue, qui devient le centre névralgique du mouvement en France, fut dirigée depuis son début jusqu’en 2024 par le rabbin Rivon Krygier, une figure clé du mouvement Massorti français. Krygier, connu pour son engagement dans le dialogue interreligieux (il fut le premier rabbin invité à donner une conférence à la cathédrale Notre-Dame de Paris) et pour ses publications (comme À la limite de Dieu et Fondamentalisme et humanisme dans le Judaïsme), et a joué un rôle central dans l’articulation de la vision Massorti en France. Adath Shalom incarne les valeurs du mouvement : respect de la Halakha, égalité hommes-femmes dans les offices, et encouragement de l’étude et du pluralisme. Désormais, la communauté est dirigée par le rabbin Josh Weiner. 

Développement et expansion (1990–2000) :

Dans les années 1990, le mouvement Massorti commence à s’étendre au-delà de Paris. En 1996, la communauté Maayane Or est fondée à Nice sous la direction du rabbin Yeshaya Dalsace, devenant la deuxième communauté Massorti notable en France. Maayane Or se distingue par son engagement communautaire, offrant des services religieux, des programmes éducatifs comme le Talmud Torah, et un mouvement de jeunesse (Noam Maayane Or). Cette période voit également la création de structures éducatives, comme des séminaires annuels d’étude juive dirigés par Yeshaya Dalsace et des cours à distance via Internet, pour diffuser les idées Massorti.

Le mouvement s’organise progressivement avec la création de Massorti France, une association regroupant les communautés affiliées (Adath Shalom, Maayane Or, et plus tard d’autres). Massorti France, rattachée à Masorti Olami (l’organisation mondiale du mouvement), vise à coordonner et promouvoir le développement du mouvement en France. Sous la présidence de personnalités comme Sergio Wax, Aline Schapira, Guy Shapiro et Jacques Adida, Massorti France cherche à renforcer les liens entre les communautés françaises et celles d’Europe et d’Israël. 

Croissance et défis (2000–2010) :

Au début du XXIe siècle, le mouvement Massorti connaît un renouveau en Europe, y compris en France, avec la création de nouvelles communautés. En 2007, la communauté Judaïca à Marseille est reconnue par Massorti France, bien qu’il peine à s’imposer dans une communauté juive majoritairement séfarade et orthodoxe. En 2009, la communauté DorVador, une deuxième communauté parisienne, émerge dans le 20e arrondissement, dirigée par Yeshaya Dalsace, marquant une expansion dans la région parisienne. D’autres communautés, comme Neve Shalom à Saint-Germain-en-Laye voient le jour.

Cependant, le mouvement fait face à des défis. En France, le Consistoire, qui représente le judaïsme orthodoxe, domine l’organisation communautaire, et le Massortisme est parfois perçu comme trop proche du judaïsme libéral, ce qui complique son acceptation, notamment dans des villes comme Marseille, où la population juive séfarade reste attachée à des pratiques orthodoxes. De plus, le manque de ressources financières et de rabbins formés localement limitent la croissance. Les communautés dépendent souvent des cotisations de leurs membres, et l’absence d’une école rabbinique en France oblige les rabbins à se former à l’étranger, notamment au JTS ou à l’Institut Schechter en Israël.

Le mouvement s’est également engagé dans des projets éducatifs, comme l’École Juive Moderne (EJM), lancée en 2007 sous l’impulsion de Rivon Krygier, et l’Académie européenne de Hazanout, visant à former des chantres liturgiques. Ces initiatives reflètent l’accent mis sur l’éducation, un principe central du mouvement.

Le mouvement Massorti en France reste engagé dans des causes sociales, comme la lutte contre l’antisémitisme et la promotion de la pluralité religieuse. En 2013, Massorti France a dénoncé la résurgence de l’antisémitisme, et en 2019, il s’est opposé à une résolution européenne assimilant la circoncision à une violation des droits des enfants, défendant ainsi les pratiques juives traditionnelles. De plus, le mouvement soutient le sionisme, tout en évitant les prises de position politiques sur les questions de sécurité en Israël, conformément à sa vision d’une séparation entre religion et politique.

Défis et perspectives :

Massorti France s’emploie à davantage communiquer sur le Web et les réseaux sociaux. Diverses émissions et contenus audiovisuels sont mis à disposition. Des cours en ligne et au sein des diverses communautés sont proposés. La participation active au cours des offices est vivement encouragée. Des cours de formation sont proposés. La formation de futurs dirigeants communautaires, éducateurs, enseignants et rabbins constitue un enjeu de taille.

Nos communautés, ensemble, au cœur de la tradition vivante

Adath Shalom Paris XVe

Adath Shalom

Paris XVe
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Dor Vador Paris XXe

Dor Vador

Paris XXe
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Maayane Or Nice

Maayane Or

Nice
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Neve Shalom
St-Germain-en-Laye

Neve Shalom

St-Germain-en-Laye
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Adath Hessed
Lyon

Adath Hessed

Lyon
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Judaïca
Marseille

Judaïca

Marseille
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Massorti en France : les dates clés

FAUX : Le terme Halakha désigne l’ensemble des règles que le judaïsme requiert de suivre, mais aussi le système juridique lui-même. Le Mouvement Massorti considère que la discipline qui consiste à s’efforcer de suivre les codes de la loi rituelle, tels que l’observance du Chabbat, des fêtes, de la cachrout fait partie intégrante du judaïsme et de sa vie spirituelle. Suivre ces règles, c’est ce qu’on appelle « obéir à la Halakaha ». Ces codes sont par défaut ceux que l’on trouve dans la vaste littérature halakhique du judaïsme et en cela, le Mouvement Massorti ne diffère pas de l’orthodoxie. Toutefois cet ensemble n’est pas homogène et il existe depuis toujours des pratiques diverses dans de nombreux domaines de la vie juive. La Halakha n’est pas un ensemble de règles définitives mais un système juridique qui comporte la possibilité d’une évolution de la normativité lorsque des modifications importantes se produisent au sein des sociétés. Ainsi, le judaïsme ne pratique plus depuis des siècles la polygamie, les exécutions capitales, les punitions corporelles, l’esclavage, etc. Le judaïsme Massort, dans le même sens, considère que le statut de la femme, les relations interreligieuses, la prise en compte de l’homsexualité et bien d’autres sujets encore doivent faire l’objet d’une réflexion halakhique, et le cas échéant, de décisions novatrices, non pas en rupture mais dans le prolongement de la Halakha traditionnelle. Pour en savoir plus, voir Rivon Krygier, La loi juive à l’aube du 21e siècle, Biblieurope.

VRAI et FAUX : Le Mouvement Massorti pense qu’il faut accueillir avec bienveillance les personnes désireuses de rejoindre la communauté juive. Le Rabbin juge de la motivation du candidat et lui expose, avec objectivité, les difficultés qu’il risque de rencontrer. Si le Rabbin et le candidat sont d’accord pour poursuivre le processus, ce dernier doit suivre un cycle d’études (hébreu, cours de pensée juive, Talmud…). Une présence aux offices et une implication dans la communauté sont également demandées. Au terme de sa formation, le candidat passe devant un Beth Din (tribunal rabbinique constitué de trois rabbins). Puis, pour parachever le processus de conversion, l’homme devra se faire circoncire et la femme, comme l’homme, passeront au Mikve (bain rituel).

FAUX : Comme dans toutes les communautés, les synagogues Massorti sont constituées de personnes Chomerei Chabbat et de personnes moins pratiquantes. La différence vient du fait que tout juif qui a envie de fréquenter la synagogue doit être accueilli sans être ni jugé, ni déprécié, en raison de son degré de pratique.

FAUX : Bien que nous respections le système de pensée défendu par le Mouvement Libéral, le Mouvement Massorti soutient que la Halakha (exprimée dans le Talmud, le Midrash, le Choulkhan Aroukh, etc.) fait autorité et pas seulement référence. Cela dit, nos rabbins et responsables se gardent bien de porter le moindre jugement sur la pratique religieuse ou plus génralement halakhique de ses membres. Le mouvement Massorti veille à suivre les codes traditionnels et cette spécificité au regard des Libéraux est particulièrement visible dans la liturgie des offices qui est essentiellement dite en hébreu (même si des traductions sont toujours présentées), globalement complète et respetueuse des codes définis par la tradition, notamment en matirèe d’observance du Chababt. S’il convient d’instaurer une évolution (la place de la femme dans la synagogue, par exemple), elle doit être fondée sur le plan halakhique. Le judaïsme libéral ne se souciera pas forcément d’une telle démarche et fondera ses décisions d’innovation en se basant beaucoup plus sur des considérations sociologiques et morales que légales. Le Mouvement Massorti considère lui-aussi que des valeurs (équité, dignité, etc.) sont la quintessence de la Loi et forment une « Méta-Halakha » qui peut et doit infléchir certaines règles, mais cela doit se faire au sein même du système juridique et non en rupture.

VRAI et FAUX : Si les parents manifestent le désir d’éduquer leur enfant dans la tradition juive, nous accueillons celui-ci avec le plus grand plaisir et le plus grand respect dans nos cours de Talmud Torah et à nos offices. Cependant pour être reconnu officiellement comme juif,il devra suivre un parcours de conversion (Beth-Din et mikve – bain rituel-) avant d’effectuer sa Bar ou Bat-Mitzvah.

VRAI, MAIS : La circoncision peut être pratiquée dès le plus jeune âge, en vue d’une conversion future, avec l’engagement explicte de la mère d’éduquer son enfant dans la voie du judaïsme. La circoncision peut être accomplie par un mohel (circonciseur attitré) avec tout le cérémonial religieux. Toutefois, l’acte ne constitue pas encore une pleine conversion mais seulement sa première phase. Une des bénédictions se distingue de celle habituellement récitée, pour marquer cette étape. La nomination hébraïque de l’enfant est légèrement différente : au lieu de dire qu’il s’appellera désormais Untel fils de Untel et Unetelle, il est précisé que tel sera son nom après avoir suivi un processus de conversion et avoir été immergé dans un mikve (bain rituel), sous la supervision d’un Beit-din (commission rabbinique). Cela se fait souvent à l’approche de la Bar-mitsva sur la base du Talmud Tora suivi par l’enfant.

La nomination d’une fille à sa naissance suit le même processus.

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