La source de toute bénédiction dans la Paracha Ekev

La fidélité à l’Alliance et l’observance des mitsvot constituent le thème central de la paracha Ekev.

De manière plus émouvante encore — particulièrement en cette période d’épreuve pour Israël —, la paracha évoque la beauté et les bénédictions de la terre d’Israël. Après avoir énuméré les sept espèces qui la caractérisent — le blé, l’orge, le raisin, la figue, la grenade, l’olive et la datte —, la Torah déclare:

« Car l’Éternel, ton Dieu, te conduit vers un bon pays, un pays de torrents, de sources et d’eaux profondes qui jaillissent dans la vallée et sur la montagne […] un pays où tu mangeras du pain sans restriction et où tu ne manqueras de rien »
(Deutéronome 8, 7-10).

Toute personne ayant séjourné en Israël ne peut qu’être sensible à cette description poétique. En parcourant les allées du marché à ciel ouvert de Mahane Yehouda, à Jérusalem, on découvre l’abondante variété des produits colorés et savoureux de la terre. Cette profusion représente véritablement une bénédiction, tant pour les visiteurs que pour les habitants du pays.

Pourtant, immédiatement après avoir décrit les richesses de la terre, la Torah formule une mise en garde :

« Garde-toi d’oublier l’Éternel, ton Dieu, en négligeant d’observer Ses commandements »
(Deutéronome 8, 11).

Pourquoi faire suivre une description aussi éclatante des bénédictions de la Terre promise par une mise en garde aussi grave ? Quelle inquiétude la Torah exprime-t-elle en associant ainsi ces deux idées, et quel message souhaite-t-elle nous transmettre ?

Le rabbin Élie Munk, qui servit pendant de nombreuses années la communauté juive de Paris, propose deux explications à cette mise en garde placée immédiatement après la description des richesses du pays.

Tout d’abord, compte tenu des sept espèces dont la terre d’Israël est bénie, il est aisé de comprendre que l’on puisse être séduit par son abondance. Le rabbin Munk écrit :

« Sa fertilité peut empêcher l’agriculteur de reconnaître la main de Dieu. Les Israélites auraient pu être tentés d’adopter les pratiques des anciens habitants du pays et d’adorer des idoles représentant des divinités agricoles, telles que Baal et Astarté, au lieu du Dieu unique et véritable »
(Munk, The Call of the Torah, p. 91-92).

Aussi séduisante que puisse être la fertilité de la terre, la Torah nous exhorte donc à ne jamais perdre de vue la source ultime de toute bénédiction : Dieu.

Quelques versets plus loin, le Deutéronome déclare également :

« Lorsque tu auras mangé à satiété et que tu auras bâti de belles maisons pour y demeurer […] garde-toi de laisser ton cœur s’enorgueillir. »

Selon le rabbin Munk, ce verset fait allusion au « progrès matériel résultant des efforts technologiques et économiques de l’homme » (Munk, p. 92).

Une fois encore, le matérialisme risque de nous aveugler et de nous conduire à un orgueil démesuré. Dans les périodes de grande réussite économique, nous nous laissons trop souvent enfermer dans notre propre ego et nous nous attribuons un mérite excessif.

À partir de la lecture que propose le rabbin Munk de ces versets, je dirais que le véritable danger réside dans notre manière de regarder la réalité.

Loin de nous inviter à nous percevoir à travers le prisme de l’idéal d’«autosuffisance» cher à Emerson, le judaïsme place la communauté au centre de l’existence et, plus encore, il place Dieu au centre.

En tant que système religieux, le judaïsme exige de nous une forme de tsimtsoum, c’est-à-dire une réduction de l’ego, ainsi qu’une conscience aiguë de la place modeste que chacun occupe dans l’immense dessein de la Création.

Nul ne peut prétendre se substituer à Dieu ni détenir le monopole de Sa parole. C’est précisément à cet orgueil destructeur et à cette forme d’idolâtrie que le monde se trouve aujourd’hui confronté sous les traits du fondamentalisme religieux.

Lorsque nous attribuons nos réussites quotidiennes au seul travail de nos mains, sans reconnaître notre partenariat avec Dieu, nous faisons un pas supplémentaire vers un monde privé de Dieu, un univers dans lequel les forces du chaos finissent par l’emporter.

La Torah ne nous rappelle donc pas seulement la valeur inestimable de la terre d’Israël et notre devoir de reconnaître Dieu comme la source de toute bénédiction. Elle nous transmet également un message plus profond : celui de reconnaître avec humilité la place qui est la nôtre dans ce monde.

Texte original publié sur le site de l’Institut Schechter

A propos de l’auteur: 

Le rabbin Matthew Berkowitz, président de l’Institut Schechter, est un éducateur et un artiste accompli. Il apporte à ses fonctions plusieurs décennies d’expérience dans le domaine du développement institutionnel.

De 1999 à 2008, il fut Senior Rabbinic Fellow du Jewish Theological Seminary, basé à New York et en Floride. Il était chargé de développer et d’élargir le cercle des donateurs de l’institution, tout en animant des groupes d’étude pour adultes à travers les États-Unis.

À partir de 2009, il occupa le poste de directeur des programmes en Israël du Jewish Theological Seminary. Dans ce cadre, il travailla étroitement avec les étudiants rabbiniques et cantoraux afin d’enrichir de manière significative leur expérience en Israël.

Il siège au conseil d’administration de la Memorial Foundation for Jewish Culture et fait partie du corps enseignant de son programme de bourses Nahum Goldmann.

Il est également l’un des partenaires fondateurs du projet artistique Kol HaOt, installé dans la ruelle des artistes de Jérusalem, qui place les arts au cœur de l’étude et de l’apprentissage juifs.

Le rabbin Berkowitz est l’auteur et l’enlumineur de la célèbre Lovell Haggadah, largement utilisée et publiée par Schechter en 2008.

Ancien boursier du programme Wexner Graduate Fellowship, il enseigne également dans le cadre du Wexner Heritage Program.

Il est marié à Nadia Levene et est l’heureux père de trois enfants.

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