Nous vivons dans un monde saturé d’informations. Certaines sont fiables et utiles ; d’autres sont fausses et nuisibles, qu’elles le soient intentionnellement ou non. En tant que consommateurs d’informations, de quels outils disposons-nous pour en évaluer la fiabilité ?
La paracha de cette semaine, parachat Choftim, traite des différents systèmes de gouvernement: le pouvoir judiciaire, les forces chargées de faire respecter la loi, l’autorité des Lévites et des prêtres, la royauté, l’armée, ainsi que la mise en place de futurs systèmes juridiques que le lecteur ne pouvait encore prévoir.
Au cœur de toutes ces institutions apparaît également la question des fausses informations et des moyens de les identifier.
Dieu nous annonce qu’il existera une institution prophétique :
« Je mettrai Mes paroles dans la bouche du prophète, et il vous transmettra Ma parole. Mais prenez garde : il y aura également des prophètes qui parleront mensongèrement en Mon nom, disant ce que Je ne leur ai pas ordonné de dire, ou qui parleront au nom d’autres dieux et vous égareront. »
Ces prophètes, nous dit Dieu dans notre paracha, sont de faux prophètes et ils sont passibles de mort.
Mais comment distinguer le vrai prophète du faux ? Comment le saurez-vous, demande Dieu? La réponse semble très simple :
אֲשֶׁר יְדַבֵּר הַנָּבִיא בְּשֵׁם ה׳ וְלֹא יִהְיֶה הַדָּבָר וְלֹא יָבֹא — הוּא הַדָּבָר אֲשֶׁר לֹא דִבְּרוֹ ה׳; בְּזָדוֹן דִּבְּרוֹ הַנָּבִיא, לֹא תָגוּר מִמֶּנּוּ
« Si le prophète parle au nom de l’Éternel et que sa parole ne se réalise pas, si elle ne se produit pas, c’est que cette parole n’a pas été prononcée par l’Éternel. Le prophète l’a dite avec présomption ; tu ne le craindras pas. »
(Deutéronome 18, 22)
Autrement dit, si sa prophétie ne se réalise pas, vous saurez qu’elle a été prononcée par un faux prophète.
À bien y réfléchir, cette instruction est pourtant étrange. Il peut en effet s’écouler énormément de temps avant que nous sachions si la prophétie s’est accomplie ou non. Certaines prophéties portent même sur des événements qui se produiront bien après notre mort. C’est notamment le cas de nombreux passages du Deutéronome, dans lesquels Moïse décrit ce qui arrivera ou n’arrivera pas en terre d’Israël en fonction de notre conduite.
Et que dire d’un prophète comme Jonas, qui transmet fidèlement la parole de Dieu, mais dont la prophétie ne s’accomplit pas parce que Dieu décide finalement d’agir autrement ? Selon ce critère, Jonas devrait lui aussi être considéré comme un faux prophète. La décision de croire ou non le prophète est une décision qui doit être prise dans le présent ; elle ne peut dépendre uniquement d’événements futurs.
C’est pourquoi la manière dont la Torah traite la question de la désinformation m’a toujours semblé peu utile, jusqu’à ce qu’une autre idée me vienne à l’esprit: peut-être ce passage n’a-t-il pas véritablement pour but de nous apprendre à distinguer immédiatement le vrai prophète du faux. Peut-être cherche-t-il plutôt à développer en nous une sensibilité particulière, une vigilance à l’égard des fausses informations, et à nous apprendre comment nous en protéger.
Dans un monde rempli de désinformation, nous devons être prêts à réévaluer sans cesse nos jugements. Reconnaître que nous nous sommes trompés devrait devenir une habitude. Nous devons également admettre que de nouvelles informations peuvent — et parfois doivent — modifier ce que nous tenions jusque-là pour vrai.
Nous enseigner que la vérité ne peut être établie qu’avec le recul du temps ne nous permet certes pas de savoir, au moment même où la « prophétie » est formulée, si elle est vraie. Mais cela nous encourage, après avoir décidé de lui faire confiance ou non, à garder les yeux ouverts et à rester attentifs aux développements ultérieurs.
Cela nous aide à comprendre que la vérité ne se révèle qu’au fil du temps et qu’à mesure que de nouveaux éléments apparaissent, nous pouvons — et même nous devons — réexaminer la réalité et adapter nos positions.
Dans un monde fondé sur la pensée critique et sur une attention constante, le pouvoir des fausses informations et des fake news diminuera, tandis qu’un véritable esprit de recherche de la vérité pourra s’épanouir.
Comprendre que toute prétention à posséder la vérité doit nécessairement résister à l’épreuve du temps rend la recherche de la vérité plus importante que la conviction de la détenir.
C’est peut-être ainsi que nous pouvons apprendre à distinguer la véritable prophétie du mensonge.
Article publié sur le site de l’Insitut Schechter
À propos de l’autrice:

La rabba Chaya Rowen Baker est doyenne du Séminaire rabbinique Schechter. Auparavant, elle a occupé pendant huit ans le poste de coordinatrice de la formation rabbinique pratique au sein de cette même institution.
Ordonnée rabbin en 2007 par le Séminaire rabbinique Schechter, elle est depuis lors rabbin de la Kehillat Ramot Zion, située dans le quartier de French Hill à Jérusalem. Cette communauté, l’une des congrégations phares du mouvement Massorti en Israël, rassemble de nombreux Israéliens en quête d’un lien vivant et porteur de sens avec la tradition juive dans un monde en pleine mutation.
Une grande partie de son activité rabbinique s’est développée en dehors du cadre synagogal, auprès de personnes peu familières de la vie communautaire. Son objectif est de rendre une approche vivante et accessible du judaïsme dans les différents aspects de la vie quotidienne.
Elle est titulaire d’un Master avec mention en Talmud et pensée juive de l’Institut Schechter, ainsi que d’une licence en histoire et archéologie juives de l’Université hébraïque de Jérusalem. Elle est également membre de la Honey Foundation for Israel et siège au Conseil exécutif de l’Assemblée rabbinique (Rabbinical Assembly).
En 2015, elle est devenue la première femme rabbin, ainsi que la première rabbin du mouvement Massorti, invitée à enseigner la Torah à la résidence officielle du Président de l’État d’Israël.


